Liam Williams, l’arrière gallois, a annoncé la fin de sa carrière. Il fallait absolument revivre le parcours de ce joueur exceptionnel qui aurait pu passer à côté de sa carrière dans une série de coups de pouce providentiels.
Il a incarné le second âge d’or du rugby gallois, celui des années 2010, avec une sorte de classe naturelle mélangée à une rage de vaincre venue du fond du terrain. On ne verra plus ses relances, ses réceptions aériennes sous la pression, une certaine verve offensive portée par un gabarit plutôt léger et une silhouette filiforme et puis, ses fameuses jambes arquées qui constituaient sa vraie signature.
Liam Williams a annoncé la fin d’une carrière riche de 93 sélections avec le pays de Galles plus cinq avec les Lions. C’est sous le maillot aux quatre écussons qu’il atteignit à notre sens les cimes de son parcours lors de la tournée en Nouvelle-Zélande de 2017, sous l’autorité de son mentor, Warren Gatland. Il fut titulaire à l’arrière pour les trois tests, quelques semaines après avoir brandi le trophée de la Ligue celte gagné avec les Scarlets, dernier succès gallois dans la compétition.
Sous le maillot national, il gagna deux tournois en 2019 et 2021 avec le Grand Chelem en prime. La même année, il vécut une victoire en Champions Cup avec les Saracens, car au milieu de sa carrière, il avait décidé de quitter l’ouest du pays de Galles pour franchir le Severn Bridge, attiré par un club londonien qui collectionnait les succès. Cette décision lui avait été reprochée par certains supporteurs de Llanelli. Il avait ainsi reçu des lettres assez violentes, écrites avec des coupures de journaux qui le qualifiaient de traître.
Liam Williams jouait depuis l’été dernier à Newcastle, une étape qui n’a rien apporté à sa légende. Il n’a disputé que cinq matchs pour le club de Red Bull à cause d’un genou douloureux. Une gêne persistante qui l’a désormais forcé à prendre une décision irréversible. « Je suis professionnel depuis quinze ans, cela a laissé des traces, expliqua l’arrière dans un communiqué sur les réseaux sociaux. Je pense que le moment est venu pour moi de raccrocher. J’ai toujours pensé que je partirais selon mes propres conditions. Les problèmes de genou dont je souffre depuis quelques années ont fini par avoir raison de moi. »
Des débuts… dans la sidérurgie
Liam Williams faisait partie de ces joueurs dont le parcours n’était pas balisé à l’avance. Il aurait pu ne jamais avoir lieu. Liam avait arrêté l’école à seize ans, après avoir fréquenté le lycée de Gowerton Comp, le même que Dan Biggar et que le Grenoblois Sam Davies. Il avait du talent, mais il fut jugé trop frêle pour emprunter la voie royale. Les Ospreys apposèrent un veto à sa candidature pour une place dans leur académie. Il se retrouva simple ouvrier dans la sidérurgie à Port Talbot, cité industrielle sans charme aucun, près de Swansea. Il travaillait sur des échafaudages avec des lunettes et un casque de chantier, bien loin de se douter de ce qui l’attendait. Quelques photos en témoignent.
Crampons aux pieds, il jouait pour le petit club de Waunarlwydd RFC sans ambition particulière. Mais un de ses amis, Johnny Lewis, qui jouait à Llanelli, dans l’élite amateur galloise, l’informa que ce club historique subissait une avalanche de blessures. Parallèlement, le bon samaritain Johnny Lewis faisait pression sur l’entraîneur de Llanelli, Anthony Buchanan, pour qu’il teste son ami, doué mais ignoré des grands radars. On était au printemps 2009, Liam Williams se retrouva sur le banc pour un Llanelli-Llandovery de fin de saison, il avait alors les cheveux longs et se disait qu’il avait déjà de la chance d’être là.
Miracle, il se retrouva convoqué pour le premier entraînement de la saison qui suivit. Sa carrière décolla ainsi. Elle bénéficia d’un coup de pouce supplémentaire car le premier choix de Llanelli à l’arrière, Dale Ford, se cassa une jambe lors du premier match contre Newport. Liam Williams se retrouva titulaire sans pression et prit son envol. Il quitta la sidérurgie pour signer un contrat de 5 000 livres annuelles (5 700 euros) pour West Swansea Services, et fit pendant deux ans les beaux jours du LRFC, avant d’être recruté par les Scarlets, la franchise professionnelle de la région. Il découvrit comme ça le rugby de très haut niveau, en octobre 2011 pour un match de Ligue celte à Trévise, lancé par Nigel Davies, le père de Sam. La première saison, il joua 26 matchs pour les Scarlets et marqua huit essais pour accéder au titre de « joueur de l’année ». Dès novembre 2011, le sélectionneur gallois Warren Gatland le convoqua dans un groupe élargi pour les tests de l’automne. On avait rarement vu une ascension aussi fulgurante. Liam attendit néanmoins juin 2012 pour vivre sa première sélection contre les Barbarians, soit moins d’un an après ses débuts professionnels.
Des difficultés d’élocution
Il venait de signer un bail de treize ans, balisé par trois Coupes du monde, une victoire dans le Tournoi et un Grand Chelem. Il fut l’un des totems d’une génération magnifique, celle des Sam Warburton, George North, Dan Biggar ou Jonathan Davies. Liam Williams souffrait d’un problème d’élocution, il évitait de trop parler dans les médias, non pas par mépris, mais parce qu’il souffrait d’un bégaiement, renforcé par le stress de s’exprimer en public ou devant des inconnus. « À cause de ça, il s’exprimait peu dans les médias. Il avait l’habitude de faire des interviews avec un seul journaliste qu’il connaissait depuis sa jeunesse. Mais il a appris par la suite à surmonter ce problème d’expression. Mais ça n’a jamais affecté la bonne image qu’avait le public de lui, au pays de Galles, tout le monde l’aimait. Il restait près de son club d’origine, il avait les pieds sur terre. C’était un gars qui n’avait pas fait de centre de formation. Ses jambes arquées lui donnaient une démarche particulière qui le rendait encore plus populaire. » confie Daffyd Illtud, journaliste gallois francophone.
Évidemment, la deuxième partie de la carrière de Liam fut moins florissante. On a l’impression que la relégation sur tapis vert des Saracens en 2020 marqua une sorte de cassure. Pour des raisons budgétaires, il dut quitter Londres pour revenir brièvement aux Scarlets, faire un passage à Cardiff avant de mettre le cap sur le Japon (Kubota Spears) et de revenir tout aussi brièvement aux Saracens. Il empocha au passage le Tournoi 2 021 malgré la défaite in extremis à Paris qui le fit culpabiliser à cause d’un carton jaune. Il fut quand même de l’aventure du Mondial 2023, puis on le sentit impuissant à enrayer le déclin gallois de ces dernières années. Son corps le lâchait peu à peu. Il a vécu sa dernière cape à Paris en février 2025 avant de tenter un dernier coup de poker à Newcastle qui n’apporta pas grand-chose à sa carrière. Il s’est exprimé ainsi sur les réseaux sociaux : » Je suis reconnaissant pour chaque souvenir et je remercie tous ceux qui m’ont soutenu tout au long de ce parcours. Ce fut un chemin exceptionnel, mais il est temps de raccrocher les crampons. Place au prochain chapitre. »