Vendredi matin, la maire a été reconduite à la tête de la sixième ville de France, recueillant les voix des neuf insoumis «opposants» qui ont fait leur entrée au conseil municipal. La droite et le centre ont continué de pointer du doigt cette large union de la gauche.
Après une campagne municipale agitée à Nantes, la maire sortante Johanna Rolland (PS) a été réélue pour un troisième mandat. Vendredi matin, elle a été adoubée par 53 élus sur 69, incluant les neuf insoumis qui se trouvaient sur sa liste d’union de second tour. La socialiste avait remporté le scrutin dimanche soir avec 52,18% des voix après un accord mené avec LFI, précisant que le parti mélenchoniste siégerait dans l’opposition au conseil municipal.
«Je le dis, j’assume tout de cette campagne», a fait savoir Johanna Rolland, lors de son discours solennel. Son alliance, vivement débattue, avait notamment conduit son premier adjoint Bassem Asseh à se retirer. «Je serai la maire de l’humanisme nantais, d’une démocratie apaisée, d’une sérénité retrouvée au service des habitants. Avec mon équipe, je continuerai à cultiver ce chemin de rassemblement au service de nos valeurs», a insisté l’édile, indiquant vouloir «recoudre sans cesse et inlassablement une société par trop fracturée». Outre la culture et les associations, l’élue a notamment salué «la coopération avec les acteurs économiques», dont une partie s’était inquiétée pendant la campagne. Ils «participent au dynamisme de Nantes, créent l’emploi local, inventent la prospérité et l’économie de demain. Ils sont nos partenaires», a-t-elle insisté.
J’ai entendu ces dernières semaines des critiques. J’en ai trouvé certaines injustes, d’autres justifiées
Johanna Rolland
Élue à 5411 voix près, Johanna Rolland, qui s’était retrouvée au coude-à-coude avec son adversaire LR Foulques Chombart de Lauwe au premier tour, s’est dit à l’écoute. «J’ai entendu ces dernières semaines des critiques. J’en ai trouvé certaines injustes, d’autres justifiées. Peu importe, notre responsabilité va être de traduire ces messages, ces impatiences, ces désespoirs, ces colères, dans des actes».
«Les élus de l’opposition seront naturellement respectés et considérés», a-t-elle aussi ajouté, face à Foulques Chombart de Lauwe, nouveau patron de l’union de la droite et du centre dans l’hémicycle. Ce dernier, après avoir félicité son opposante, n’a pas tardé à retomber dans les attaques. «Le jeu politique a été clarifié puisque LFI a décidé de voter pour Johanna Rolland comme maire», a tancé l’ex-candidat au sortir du conseil, regrettant le peu de temps de parole alloué à son groupe. «Au début du conseil municipal, on présente une candidature. […] M. Aucant (LFI) n’a pas souhaité être candidat. Ça veut dire qu’ils [les insoumis] approuvent la majorité de Johanna Rolland. L’accord technique n’était qu’un accord tactique, dont la visée était d’embarquer avec eux, comme un kangourou, les gens de LFI. Voilà, ils ont réussi. Ils sont rentrés.»
«Cela faisait partie de l’accord», confie une élue à propos de ce vote LFI octroyé à la maire PS. «C’est le respect démocratique de cette fusion démocratique qui a placé la liste “La gauche unie” en tête. Nous avons fait partie de cette alliance. Aujourd’hui, nous sommes un groupe d’opposition, nous sommes distincts de la majorité, nous n’avons pas envie de nous mêler des affaires qui concernant la majorité», a répondu William Aucant, chef de file des insoumis, au Figaro. Le responsable de LFI au conseil municipal n’a pas hésité à renvoyer l’ascenseur des critiques. «La bordélisation vient des rangs de la droite. Ils n’ont eu pour mot que LFI,LFI,LFI … Si nous sommes leur cauchemar, ça les regarde». Se décrivant comme une «force de rupture, de contrôle et de proposition», le groupe n’a en revanche pas voté la délibération de nomination des nouveaux adjoints de Johanna Rolland.