Chocs pétroliers, guerre tarifaire, pressions sur le Groenland, désengagement en Ukraine… Jamais l’Europe n’a été autant bousculée par son allié américain, ni autant poussée à repenser sa puissance.

Au cœur de cette réponse, la Banque européenne d’investissement (BEI), détenue par les 27 États membres, joue un rôle-clé : lever des fonds sur les marchés pour financer les priorités européennes, de la transition écologique à la souveraineté énergétique, en passant par l’innovation, le logement, la défense et la sécurité. Face à un contexte international plus instable, l’institution a élargi son action. Comment agit-elle, et avec quels moyens ? Sa présidente, Nadia Calviño, est l’invitée d’Ici l’Europe.

  Face aux tensions, la BEI élargit son action à la défense

Longtemps centrée sur la transition écologique et le développement économique, la Banque européenne d’investissement (BEI) élargit désormais son action aux enjeux de sécurité et de défense. Une évolution assumée par sa présidente, Nadia Calviño : « Il est indispensable que l’Europe renforce ses capacités et son indépendance dans ces domaines ». Les chiffres illustrent cette réorientation : les financements dédiés sont passés d’environ 1 milliard d’euros en 2024 à 4 milliards l’an dernier (2025).

La BEI finance désormais des groupes comme Thalès et soutient les PME du secteur, tout en maintenant une ligne rouge claire. « On donne du financement surtout pour que les banques puissent prêter aux petites et moyennes entreprises dans les domaines de la sécurité et de la défense, en excluant l’armement », explique la présidente de l’institution.

 

Réduire les dépendances énergétiques

Sur le front énergétique, la présidente de la BEI se veut rassurante. Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, l’Europe a progressé : « Il y a beaucoup plus de renouvelables, et on a aussi renforcé nos capacités nucléaires », explique-t-elle. Face à la guerre tarifaire lancée par Washington, elle souligne la résilience européenne : « L’économie européenne est beaucoup plus résistante qu’on ne le croyait, mais il faut continuer à investir pour qu’on puisse jouer le rôle qui correspond à une économie de 450 millions de personnes. »

 

Le logement, nouvelle priorité européenne

Depuis 2013, les prix des logements à l’achat et à la location ont bondi en Europe. Pour la première fois de son histoire, l’UE vient de se doter d’un plan pour le logement abordable et d’un commissaire au logement. Nos équipes se sont rendues à Barcelone, l’un des symboles de cette crise du logement, à la rencontre de ses habitants dont beaucoup connaissent des difficultés pour se loger. Ils visitent également des initiatives locales de rénovation ou de construction de logements, en partie financées par des fonds européens.

Par ailleurs, la BEI a doublé ses financements dans ce secteur et s’est fixé un objectif ambitieux : « On a un objectif très clair de financer 1 million de logements d’ici 2030. Cette année, on a prévu d’investir 6 milliards d’euros. » La France est le premier bénéficiaire de ces financements, avec plus de 3,4 milliards d’euros investis ces cinq dernières années dans le logement social et intermédiaire.