Replacé au poste de second centre la semaine dernière contre le Stade toulousain, le Girondin a contribué à la large victoire des siens (44-20). Mais sur un plan technique, quelles sont les conséquences de ce repositionnement ?
La vue du numéro 13 dans le dos de son maillot a dû lui rappeler de bons souvenirs. Car c’est en effet à ce poste que Damian Penaud a passé la majeure partie de sa première vraie saison professionnelle avec Clermont, sa précédente équipe. C’était en 2016-2017. Après une apparition fugace la saison d’avant en 12 contre Agen, Penaud a cumulé 22 apparitions toutes compétitions confondues l’année d’après, dont l’essentiel au centre. C’est même à ce poste de second centre qu’il connut ses deux premières sélections avec les Bleus, lors de tournée d’été 2017 en Afrique du Sud. Petit à petit, il a progressivement glissé sur l’aile de l’attaque clermontoise, et s’est également installé à l’aile de l’attaque tricolore, au point de devenir un ailier exclusif lors de ses deux premières saisons avec l’UBB.
Seulement voilà, cela pourrait bien changer pour les semaines à venir, car l’UBB a perdu son numéro 13 titulaire Nicolas Depoortere, opéré d’une luxation de l’épaule subie à Murrayfield avec les Bleus et qui devrait mettre un terme prématuré à sa saison. Le wek-end dernier, le manager Yannick Bru a donc choisi d’associer Damian Penaud à Yoram Moefana au centre du terrain, et de placer le polyvalent Pablo Uberti sur l’aile côté ouvert. Une manœuvre déjà tentée il y a quelques mois, lors du match aller contre le Stade toulousain dont l’issue fut nettement moins heureuse pour les Girondins, balayés 56-13. Alors, Penaud en 13, ça change quoi ?
Centres/ailiers : si proches et pourtant si différents
Offensivement, ce repositionnement peut-être intéressant car il rapproche une menace telle que l’est Penaud du coeur du jeu : « Pour le connaître personnellement, je sais que Damian a envie de toucher le plus de ballons possibles », devine Geoffrey Doumayrou, ancien centre des Bleus et désormais entraîneur de la défense de Montpellier. Pour autant, ce repositionnement n’est pas anodin. Et l’ancien centre de Montpellier, du Stade français et de la Rochelle est bien placé pour connaître les spécificités des deux postes : « Ces deux postes sont sensiblement différents, notamment au niveau des courses et des efforts produits. Un centre, aujourd’hui, se rapproche plus d’un troisième ligne, avec un peu plus d’explosivité et des courses longues que les troisièmes lignes ne font plus. Mais il est tout le temps dans le jeu : course de repli, chasse après un jeu au pied, etc. Il est beaucoup plus exposé car il y a cinq fois plus de choses à faire au centre qu’à l’aile. À l’aile, tu fais de longs sprints à très haute intensité que le centre ne fait pas, mais tu as plus de temps de récupération. Si Damian est au centre, il va être beaucoup plus sollicité et sera peut-être moins frais pour faire parler sa vitesse, d’autant qu’il sera beaucoup plus exposé en défense. »
Sur le plan défensif justement, ce repositionnement n’est pas anodin non plus : « Bordeaux place Matthieu Jalibert en 13 sur les phases défensives. Cela veut dire qu’en défense, ta ligne est composée de Moefana, Penaud et Jalibert. À mon sens, cela fragilise la ligne défensive girondine. Ce n’est pas une critique envers eux. Ce ne sont pas de mauvais défenseurs, mais ça ne t’apporte pas la même puissance ni la même consistance défensive qu’avec d’autres combinaisons de joueurs. »
Je préfère Damian dans un rôle d’électron libre
Autre problème pour le technicien montpelliérain, ce repositionnement tend à « déséquilibrer le triangle arrière girondin, qui possède de très bons repères collectifs. » Bref, beaucoup de contraintes pour finalement peu de gains, surtout que selon lui, Penaud n’est jamais plus dangereux que quand on lui laisse la plus grande liberté : « Je préfère Damian dans un rôle d’électron libre. Quand il peut dézoner, et venir se proposer quand il veut et où il veut dans la ligne, ou autour du 10. À mon sens, il peut moins le faire quand il est au centre et je trouve ça dommage. Pour moi, il n’y a pas une plus-value énorme à le faire jouer au centre par rapport à l’impact qu’il peut avoir en électron libre à l’aile. »
Voilà pourquoi le Montpelliérain opterait pour une autre option : « Je peux certainement me tromper, mais pour les phases finales j’opterais plutôt pour une association Van Rensburg-Moefana au centre du terrain, et je laisserais Damian Penaud à l’aile. Cela donne un centre du terrain puissant et solide, et l’on sait que dans les phases finales ce ne sont souvent pas les attaques qui font les différences. Cela permet d’avoir un centre du terrain très costaud en défense, et cela associe deux joueurs capables de mobiliser des défenseurs au milieu du terrain pour ouvrir des espaces à Damian sur l’aile. Peut-être que le ballon irait un peu moins sur les extérieurs, mais ce n’est pas difficile à corriger avec des combinaisons de jeu dans le dos vers l’ouvreur qui écarte. Et encore une fois, cela ne déstabilise pas le triangle arrière. Pour l’heure, nous ne sommes pas dans les phases finales. Je pense que Damian va continuer de jouer au centre parce qu’il faut faire tourner mais en phase finale, je serais surpris de voir Bordeaux opter pour cette option. Mais encore une fois, je peux me tromper… » Il est vrai que dans les matchs couperets, la moindre erreur peut avoir de lourdes conséquences… Et vous, qu’en pensez-vous ?