Pas de panique si vous voyez l’hôtel de ville et le palais du Pharo plonger soudainement dans le noir ce samedi soir. Entre 20h30 et 21h30, Marseille s’associe à Earth hour, une opération initiée il y a vingt ans par le Fonds mondial pour la nature (WWF) à Sydney et qui, depuis, alerte sur les économies d’énergie à travers l’extinction de monuments dans 180 pays dans le monde. En pleine crise au Moyen Orient, où pleuvent les bombes et où, par surcroît, l’atmosphère se charge lourdement de pollutions, l’initiative peut sembler dérisoire. « Elle est complètement symbolique et assumée comme telle, justifie Jean Burkard directeur du pôle plaidoyer au sein de l’ONG au célèbre panda. On ne va pas changer le monde en éteignant les lumières, mais l’objectif est d’allumer les consciences. »

Au-delà du symbole, toutefois, le message est celui de la sobriété. À l’heure où les Français s’inquiètent de la hausse des prix du carburant, l’idée est de rappeler que des alternatives existent, au moins dans les villes, à l’usage de la voiture et des énergies carbonées. « Nos ressources diminuent et il faut réfléchir à ça, reprend Jean Burkard. On peut toujours demander à l’État de réduire les taxes sur le carburant, mais on peut aussi s’interroger sur le changement de modèle. Éteindre la tour Eiffel une heure et le palais du Pharo, c’est symbolique. Ces illuminations sont un luxe qu’on a envie de préserver, mais dans quelles conditions ? »

« Personne n’a envie de vivre dans une ville à 40 degrés »

Hasard et coïncidence, l’événement intervient au moment où aura lieu le changement d’heure. Une mesure prise dans les années 70 qui perdure malgré les polémiques sur son bien-fondé. « Si les écolos et les ONG avaient lancé cette idée aujourd’hui, en plein backlash environnemental, ils auraient reçu les pires insultes, sourit le porte-parole du WWF. Pourtant, cette mesure est entrée dans les mœurs et a un réel impact. On endosse le mauvais rôle, car on impose des contraintes et le mot écologie fait encore frémir. Mais on voit que les petits gestes infusent dans les comportements. Les politiques publiques se font sur des critères environnementaux dans les villes. On accepte les changements que l’on subit, parce que personne n’a envie de vivre dans une ville à 40 degrés, ni de boire de l’eau polluée. »

Dans son dernier rapport, le WWF soulignait que 73 % des espèces ont disparu depuis 50 ans, subissant les conséquences du bouleversement climatique. Et les perspectives établissent une hausse des températures moyennes de 2,7 degrés d’ici 2050. « C’est énorme, mais un peu moins que ce qu’on estimait lors de la Cop21, il y a dix ans. Preuve que nos petites actions comptent ». On peut donc tous éteindre nos lumières une heure.