Waymo vient de lever 16 milliards de
dollars et se retrouve valorisée 126 milliards pour ses robotaxis.
Derrière ces chiffres, une stratégie trouble la course face à
Tesla.
126 milliards de dollars pour des robots ? En voyant passer ce
chiffre, on a de quoi lever un sourcil. La filiale
d’Alphabet, Waymo, est en train
de devenir l’un des acteurs les plus chers de toute l’industrie
auto-tech, alors qu’elle ne vend même pas une seule voiture au
grand public. Son truc, ce sont les robotaxis, ces
voitures sans chauffeur qui sillonnent déjà plusieurs grandes
villes américaines, selon Rouleur Électrique.
Dans le même temps, la comparaison avec Tesla
revient partout. L’ex-patron d’Uber, Travis Kalanick, estime
d’ailleurs que Waymo a une avance « évidente » dans la course à la
conduite autonome. Et derrière ce montant astronomique de 126
milliards se cache en réalité une mécanique financière plus subtile
qu’un simple chèque colossal pour « acheter des robots« … et c’est là
que ça devient vraiment intéressant.
Waymo ne reçoit pas 126 milliards, mais 16 milliards de cash
frais
Concrètement, ce qui vient de se passer, c’est une levée de
fonds record : Waymo a réuni 16 milliards de
dollars, soit environ 15 milliards d’euros, lors d’un tour
de table en février. À l’issue de ce tour, l’entreprise est
valorisée 126 milliards de dollars, environ 116
milliards d’euros. Les 16 milliards, c’est l’argent frais qui
arrive sur le compte pour financer la croissance. Les 126
milliards, c’est la valeur théorique de l’entreprise, ce qu’elle
“vaudrait” si elle était vendue en bourse, un peu comme
l’estimation d’un appartement qui ne change rien à ce que vous avez
sur votre compte bancaire.
Ce cash doit servir à déployer beaucoup plus vite le service de
robotaxis Waymo One. La société assure déjà
environ 400 000 trajets payants par semaine dans 10 grandes villes
américaines, et a réalisé 15 millions de trajets pour la seule
année 2025. Elle vise désormais le cap d’1 million de trajets
hebdomadaires d’ici fin 2026, tout en préparant une expansion
internationale annoncée vers une vingtaine de nouvelles métropoles,
dont Londres et Tokyo. Autant dire que chaque dollar levé est censé
se transformer en voitures autonomes supplémentaires sur la route,
en nouvelles villes ouvertes et en puissance de calcul pour
l’IA.
Des capteurs, de la data… et une grosse avance sur Tesla, selon
Kalanick
Pour comprendre où part cet argent, il faut regarder la
technologie embarquée. Waymo parie sur une approche multi-capteurs
: caméras, lidars et radars travaillent ensemble
pour “voir” la route. Sa sixième génération de système a permis de
réduire le nombre de capteurs de 42 %, et de faire passer le coût
matériel en dessous de 20 000 dollars par véhicule, soit un peu
moins de 18 500 euros, environ deux fois moins que la génération
précédente. En face, Tesla a fait le choix inverse : tout miser sur
des caméras et un logiciel de vision, sans lidar ni radar, en
espérant un déclic logiciel capable de tout changer d’un coup. Une
nouvelle ère qui, pour l’instant, n’est toujours pas arrivée.
Les chiffres d’exploitation creusent encore plus l’écart. La
flotte Tesla de robotaxis à Austin tourne autour de 35 véhicules,
avec des superviseurs humains à bord, et un seul robotaxi
réellement autonome dans une zone très limitée. Depuis juin 2025,
le constructeur a dû déclarer 15 incidents à la NHTSA, l’agence
fédérale de sécurité routière américaine, tout en masquant les
détails des événements. Waymo, de son côté, revendique plus de 200
millions de kilomètres parcourus en conduite autonome et un taux
d’accidents graves avec blessés inférieur de 90 % à celui des
conducteurs humains, en publiant des données détaillées sur ses
performances et ses incidents.
Pour Travis Kalanick, la bataille n’est plus sur la techno,
mais sur l’échelle
Ce décalage, Travis Kalanick le voit très clairement. L’ancien
patron d’Uber, qui prépare son retour dans la mobilité autonome
avec sa société de robotique Atoms, juge que Tesla attend toujours
son grand saut logiciel quand Waymo, lui, est déjà dans la phase
d’industrialisation. Selon des informations rapportées par The
Information, il estime désormais que les principaux défis de Waymo
concernent « la fabrication, l’échelle, l’urgence et la combativité »
plutôt que la technologie elle-même, « qu’il considère comme
éprouvée », a indiqué Travis Kalanick, cité par The Information. Un
détail qui change tout : aux yeux des investisseurs, on ne finance
plus un pari scientifique, mais un déploiement massif.
Atoms viserait justement un déploiement encore plus agressif de
véhicules autonomes, dans le transport mais aussi dans
l’alimentation et l’exploitation minière, avec le soutien financier
d’Uber et un possible rachat de la startup Pronto, spécialisée dans
l’autonomie pour sites industriels. Pendant ce temps, Waymo
continue d’ajouter des villes à son service commercial, en
travaillant avec les autorités locales et les régulateurs
américains qui scrutent chaque incident. Pour l’automobiliste
européen, l’arrivée de robotaxis à Londres
puis Tokyo montre que ce futur ne restera sans doute pas cantonné
aux États-Unis bien longtemps ; reste à voir à quelle vitesse ces
16 milliards de dollars se traduiront, très concrètement, par des
voitures sans chauffeur devant nos trottoirs.