Ce Lion au serpent, œuvre puissante, sensuelle et expressive d’Eugène Delacroix, est la pièce phare de l’exposition anniversaire des 30 ans de la galerie Alexis Bordes, installée rue de la Paix depuis 2014.
Un catalogue spécifique sera consacré à cette toile exceptionnelle, à destination des collectionneurs et institutions. Il n’est en effet pas fréquent de se trouver face à une telle redécouverte. Conservé dans une collection privée depuis 90 ans, ce tableau n’avait jamais été catalogué. Il jouit d’une provenance prestigieuse : issu de la collection de Georges Aubry, il a été acquis en 1935 par Fernand Javal par l’intermédiaire du marchand d’art Paul Rosenberg, grand amateur de Delacroix.
Une œuvre de la maturité, un romantisme assumé
Son excellent état de conservation est un atout supplémentaire pour ce tableau qui figure parmi les œuvres majeures de la maturité de l’artiste. Lorsqu’il peint le Lion au serpent, Delacroix commence à se libérer des commandes officielles et répond à la demande de collectionneurs avec de petits tableaux où il excelle, alliant rapidité d’exécution et vivacité de la touche. Emblématique de son inspiration romantique, le lion est le sujet favori de Delacroix, fasciné par la force instinctive et la vitalité des fauves.
Eugène Delacroix, Lion au serpent, huile sur toile, v. 1832-1836, 24,5 x 32,3 cm, Paris, collection particulière. © Galerie Alexis Bordes, Paris.
À partir de 1820, le peintre fréquente avec assiduité la Ménagerie du Jardin des Plantes avec son ami le sculpteur Barye. Grâce à cette étude régulière des fauves, il acquiert une très bonne connaissance anatomique et renouvelle en profondeur l’art animalier. Il observe aussi avec attention les chats, fauves miniatures. On a souvent considéré ses félidés comme des autoportraits… Quant à Théophile Gautier, il les met sans hésitation au pinacle : « Les lions de Delacroix ! Ils froncent leurs masques terribles, hérissent leurs fauves crinières, allongent leurs ongles tranchants. »
Eugène Delacroix, Études de lions couchés, 61 x 50 cm, estimation 200 000-300 000 € © Daguerre Val de Loire, 2025
L’avis de Virginie Cauchi, docteur en histoire de l’art, spécialiste de Delacroix
C’est avec émotion que j’ai découvert, dans une collection privée qu’il n’a pas quittée depuis 1935, ce remarquable Lion au serpent. Toute l’essence créatrice de Delacroix est là. Réalisé d’instinct, ce tableau concentre le génie coloriste de son auteur et sa parfaite connaissance d’un animal qui le fascine. Oscillant entre glacis et gestes francs, ébauche et finesse, l’artiste déploie ici tout son art pour donner au fauve et sa proie une illusion de vie et une naturalité tout à fait saisissantes. La peinture rend corps, l’animal prend vie. Une lutte à mort s’engage sous nos yeux dans un duel à l’issue aussi incertaine que fulgurante.
Virginie Cauchi, docteur en histoire de l’art, spécialiste de Delacroix. Photo : © MademoiselleKriss
« 30 ans de passion et de découvertes »
galerie Alexis Bordes, 4, rue de la Paix, 75002 Paris
Du 24 mars au 29 mai


