Des foules ont manifesté samedi contre la guerre en Iran et les actions du président Donald Trump, lors de rassemblements «No Kings» à travers les États-Unis et en Europe. Le Minnesota était au cœur de ces manifestations, que les organisateurs espéraient voir rassembler des millions de personnes.

Des milliers de personnes se sont rassemblées sur les pelouses du Capitole de l’État du Minnesota et dans les rues avoisinantes de Saint Paul. Certaines brandissaient des drapeaux américains à l’envers, symbole historique de détresse.

La tête d’affiche de l’événement était Bruce Springsteen, qui a interprété «Streets of Minneapolis». Il a écrit cette chanson en réaction aux meurtres de Renee Good et d’Alex Pretti par des agents fédéraux et en hommage aux milliers de Minnésotains qui ont manifesté dans les rues durant l’hiver pour protester contre la politique d’immigration agressive de l’administration Trump.

Avant d’entamer la chanson, M. Springsteen a déploré la mort de Mme Good et M. Pretti, mais a déclaré que la résistance continue du peuple américain face aux Service de l’immigration et des douanes (ICE) avait redonné espoir au reste du pays.

«Votre force et votre engagement nous ont prouvé que nous étions encore en Amérique, a-t-il affirmé. Et ce cauchemar réactionnaire, ces invasions des villes américaines, ne seront pas tolérés.»

Des rassemblements ont eu lieu de New York, ville de près de 8,5 millions d’habitants située dans un État traditionnellement démocrate, à Driggs, une petite ville de moins de 2000 habitants dans l’est de l’Idaho, un État où Donald Trump a obtenu 66 % des voix en 2024.

Les organisateurs américains ont estimé que les deux premières séries de manifestations «No Kings» avaient attiré plus de 5 millions de personnes en juin et 7 millions en octobre.

Cette semaine, ils ont annoncé aux journalistes s’attendre à 9 millions de participants samedi, même s’il était encore trop tôt pour dire si ces prévisions ont été atteintes. Les organisateurs ont annoncé que plus de 3100 événements, soit 500 de plus qu’en octobre, avaient été enregistrés dans les 50 États.

À Topeka, au Kansas, un rassemblement devant le Capitole a vu des participants déguisés en roi grenouille et en Donald Trump bébé. Wendy Wyatt a fait le trajet depuis Lawrence, à 32 kilomètres à l’est, avec une pancarte «Les chats contre Trump», et prévoyait de retourner dans sa ville natale pour un rassemblement ultérieur.

Mme Wyatt a énoncé qu’il y a «tellement de choses» concernant l’administration Trump qui la contrarie, mais que cela lui donne «beaucoup d’espoir».

Les responsables républicains minimisent les manifestations

La porte-parole de la Maison-Blanche, Abigail Jackson, les a qualifiées de produits de «réseaux de financement de gauche» ne bénéficiant que d’un faible soutien populaire.

«Les seules personnes qui se soucient de ces séances de thérapie de dérangement anti-Trump sont les journalistes payés pour les couvrir», a écrit Mme Jackson dans un communiqué.

Le Comité national républicain du Congrès (NRCC) a également vivement critiqué ces manifestations. «Ces rassemblements anti-américains donnent la parole aux fantasmes les plus violents et déments de l’extrême gauche», a déclaré Maureen O’Toole, porte-parole du NRCC.

La politique d’immigration agressive de l’administration Trump, notamment au Minnesota, n’était qu’un point parmi d’autres griefs, tels que la guerre en Iran et le recul des droits des personnes transgenres.

À Washington, des centaines de personnes ont défilé devant le Lincoln Memorial et sur le National Mall, brandissant des pancartes où l’on pouvait lire «Descends ta couronne, clown» et «Le changement de régime commence chez soi». Les manifestants ont fait sonner des cloches, joué du tambour et scandé «À bas les rois!».

Bill Jarcho, venu de Seattle, était présent, accompagné de six personnes déguisées en insectes et portant des gilets tactiques où l’on pouvait lire «LICE», parodiant ainsi l’ICE dans le cadre de ce qu’il a appelé une tournée «moquerie et effroi».

«Ce que nous offrons, c’est le ridicule au roi, a expliqué M. Jarcho. Il s’agit de tourner l’autoritarisme en ridicule, ce qu’ils détestent.»

Selon la police locale, environ 40 000 personnes ont défilé à San Diego lors d’une manifestation «No Kings».

À New York, Donna Lieberman, directrice générale de l’Union des libertés civiles de New York (NYCLU), a déclaré lors d’une conférence de presse que Donald Trump et ses partisans voulaient dissuader les gens de manifester.

«Ils veulent nous faire croire que nous sommes impuissants face à eux, a-t-elle dit. Mais vous savez quoi? Ils se trompent, complètement.»

Cependant, les organisateurs ont indiqué que les deux tiers des inscriptions aux rassemblements provenaient de zones situées en dehors des grandes agglomérations. Cela incluait des communautés d’États à tendance conservatrice, comme l’Idaho, le Wyoming, le Montana, l’Utah, le Dakota du Sud et la Louisiane, ainsi que des zones périurbaines compétitives de Pennsylvanie, de Géorgie et d’Arizona.

Événement principal au Capitole de l’État du Minnesota

Les organisateurs ont désigné ce rassemblement comme l’événement phare national, en hommage à l’État où des agents fédéraux ont abattu deux personnes qui surveillaient la politique d’immigration de Donald Trump.

La tournée américaine «Land of Hope & Dreams» de Springsteen, placée sous le thème «No Kings», débute mardi à Minneapolis.

Avant que le rockeur surnommé «The Boss» ne monte sur scène, les organisateurs ont diffusé une vidéo de Robert De Niro. L’acteur a déclaré se réveiller chaque matin déprimé à cause de M. Trump, mais qu’il était plus heureux samedi grâce aux millions de manifestants.

Il a également félicité les habitants du Minnesota pour avoir chassé l’ICE.

Un événement organisé sur les pelouses du Capitole de l’État du Minnesota en juin avait attiré environ 80 000 personnes, et les organisateurs du Minnesota en attendaient 100 000 samedi.

Parmi les autres participants figuraient la chanteuse Joan Baez, l’actrice Jane Fonda, le sénateur Bernie Sanders et de nombreux autres militants, responsables syndicaux et élus. Des manifestants ont brandi une immense pancarte sur les marches du Capitole, sur laquelle on pouvait lire: «Nous avions des sifflets, ils avaient des armes. La révolution commence à Minneapolis.»

Des rassemblements hors des États-Unis

Des rassemblements sont également prévus dans plus d’une douzaine d’autres pays, de l’Europe à l’Amérique latine en passant par l’Australie, a indiqué Ezra Levin, codirecteur exécutif d’Indivisible, un groupe à l’origine de ces événements, lors d’une entrevue.

Les pays à monarchie constitutionnelle appellent ces manifestations «Non aux tyrans», a-t-il précisé.

À Rome, des milliers de personnes ont défilé en scandant des slogans provocateurs à l’encontre de la première ministre Giorgia Meloni, dont le gouvernement conservateur a vu son référendum sur la réforme du système judiciaire italien essuyer un revers cuisant en début de semaine, face aux critiques dénonçant une menace pour l’indépendance de la justice.

Les manifestants brandissaient des banderoles protestant contre les attaques israéliennes et américaines contre l’Iran, et réclamaient «Un monde sans guerre».

À Londres, des manifestants protestant contre la guerre en Iran brandissaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire: «Halte à l’extrême droite» et «Debout contre le racisme».

À Paris, samedi matin, plusieurs centaines de personnes, principalement des Américains résidant en France, ainsi que des syndicats français et des organisations de défense des droits humains, se sont rassemblées à la Bastille.

«Je proteste contre toutes les guerres illégales, immorales, irresponsables et interminables de Donald Trump», a clamé Ada Shen, organisatrice du mouvement No Kings à Paris.

Mark Vancleave, Steve Karnowski, Todd Richmond et John Hanna, The Associated Press