Le 28 mars, Catherine Trautmann est officiellement devenue maire de Strasbourg. Lors d’un conseil municipal un peu spécial, la nouvelle édile a présenté son équipe avec qui elle dirigera Strasbourg pour les six prochaines années. Une équipe composée de 20 adjoint(e)s, entre retour en grâce, bénéfice des alliances et nouveaux/lles venu(e)s.

« Je serai la maire de toutes les Strasbourgeoises et tous les Strasbourgeois. Ce mandat de maire je le reçois comme un pacte de confiance. » Ce 28 mars, Catherine Trautmann a officiellement été élue maire de Strasbourg, six jours après avoir gagné les élections municipales avec 37%, devant Jeanne Barseghian et Jean-Philippe Vetter.


Siégeant à nouveau comme édile, 25 ans après avoir quitté le poste après une défaite face à Fabienne Keller, Catherine Trautmann a promis un « mandat de l’apaisement et de la responsabilité ». Dans son discours inaugural, elle a mis en avant ses différents piliers : proximité, transparence, dialogue avec les corps intermédiaires et… élu(e)s de quartiers. C’était d’ailleurs le gros sujet de ce conseil : la désignation des 20 adjoint(e)s et leurs délégations.

trautmann © Jules Scheuer / Pokaa

La liste, avec les délégations

  • 1er : Mathieu Cahn, coordination de la municipalité et des adjoint(e)s de quartiers, suivi des questions budgétaires et financières, des questions relatives aux ressources humaines et des grands événements.
  • 2e : Céline Geissmann, Ville éducative et réussite scolaire ; adjointe en charge des quartiers du Conseil des XV, Marne Forêt-Noire et de l’Orangerie.
  • 3e : Pierre Jakubowicz, culture ; adjoint en charge du quartier de la Robertsau.
  • 4e : Pernelle Richardot, commerce, artisanat et tourisme ; adjointe en charge des quartiers Neuhof, Stockfeld, Ganzau.
  • 5e : Mourad Oualit, jeunesse, vie associative, centres socioculturels et éducation populaire ; adjoint en charge du quartier de la Montagne Verte.
  • 6e : Laure Pain, Ville solidaire et inclusive.
  • 7e : Paul Meyer, urbanisme durable, Ville résiliente et habitat ; adjoint en charge des quartiers de Koenigshoffen, de la Gare-Laiterie, des Halles.
  • 8e : Françoise Bey, nature en ville et développement durable ; adjointe en charge du quartier de Cronenbourg.
  • 9e : Hakim Fadili, renouveau démocratique et dialogue citoyen ; adjoint en charge des quartiers de Hautepierre, du Hohberg et des Poteries.
  • 10e : Christelle Sturtz Froehlicher, santé, sport santé, accessibilité universelle.

cahn geissmann jakubowicz © Jules Scheuer / Pokaa

  • 11e : Jean-Baptiste Mathieu, Ville sportive et Ville en mouvement ; adjoint en charge du quartier de la Meinau-Plaine des Bouchers.
  • 12e : Julie Mulot, numérique et économie sociale et solidaire ; adjointe en charge des quartiers du Schultfeld, du Neufeld, de la Ziegelau, de la Musau et Ampère.
  • 13e : Hervé Moritz, relations internationales, européennes et transfrontalières ; adjoint en charge des quartiers de la Bourse, de l’Esplanade et de la Krutenau.
  • 14e : Bahar Ceviz, relations aux usagers, population, état civil.
  • 15e : Arieh Adida, protection de la population, sécurité, tranquillité publique ; adjoint en charge des quartiers de la Grande Ile, de la Petite France, du Tribunal et Vosges-Contades.
  • 16e : Carole Wenner, lecture publique, promotion du livre et lutte contre l’illettrisme.
  • 17e : Landdry Augier de Lajallet, gestion du domaine publique (stationnement, mobilités, éclairage, foires et marchés) ; adjoint en charge du quartier de l’Elsau.
  • 18e : Marie No Gandzion, égalité, lutte contre les discriminations et droits des femmes.
  • 19e : Emilien Keller, politique des achats et marchés publics.
  • 20e : Delphine Bernard, petite enfance et parentalité ; adjointe en charge des quartiers du Heyritz, Malraux-Danube, Starlette-Coop et Port du Rhin.

adjoints conseil municipal © Jules Scheuer / Pokaa

Des retours, des alliances et des adjoint(e)s de « méga-quartiers »

Cette liste de 20 adjoint(e)s possède plusieurs particularités intéressantes à analyser. Déjà, dès le poste du premier adjoint ; un poste particulièrement puissant au sein de l’exécutif, qui témoigne d’une grande confiance de la part de la maire. Robert Hermann et Alain Fontanel l’ont été sous Roland Ries, Syamak Agha Babaei l’a été sous Jeanne Barseghian, et c’est désormais Mathieu Cahn qui portera cette écharpe et les responsabilités qui vont avec.

Une récompense pour le directeur de campagne de Catherine Trautmann et surtout un retour pour l’ex-candidat déchu de 2020, qui avait dû se retirer après plusieurs polémiques [alors qu’il était estimé sous 10% par les sondages, ndlr] et notamment celle des « photos érotiques » révélée à l’époque par Rue89 et Médiapart.

adjoints conseil municipal © Jules Scheuer / Pokaa

Ensuite, la liste montre également une récompense aux fidèles de Catherine Trautmann, et notamment de la mandature écoulée. Céline Geissmann devient 2e adjointe, sur la Ville éducative et la réussite scolaire et également adjointe de quartier. Tandis que Pernelle Richardot passe 4e, sur la compétence du commerce et du tourisme et des quartiers Neuhof, Stockfeld, Ganzau. Rien néanmoins pour Caroline Barrière.

Les quelques alliances et ralliements ont également été récompensés, puisque Pierre Jakubowicz sera 3e adjoint, avec le portefeuille de la culture. Son arrivée à la tribune a été suivie de quelques commentaires de la part de l’opposition de droite, mais ses 5% lui ont finalement rapporté gros. Paul Meyer revient aussi par la grande porte, en 7e position après 6 ans hors de la vie politique strasbourgeoise et un ralliement de son mouvement « Réconcilier Strasbourg ».

trautmann jakubowicz © Nicolas Kaspar / Pokaa

Si la liste a intronisé un bon nombre de nouvelles têtes, elle consacre le retour des adjoint(e)s de « méga-quartiers », ou « baronnies locales » selon ses opposant(e)s, dont Jeanne Barseghian. Une promesse de campagne de Catherine Trautmann : plutôt que de s’occuper d’un seul quartier de Strasbourg, 9 des 13 adjoint(e)s vont avoir sous leur responsabilité plusieurs secteurs. Néanmoins, la Robertsau, Cronenbourg, la Montagne Verte et l’Elsau auront leur adjoint(e) dédié(e).

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© Jules Scheuer / Pokaa

Ce que dit la liste d’adjoint(e)s des futures priorités de la mandature

La liste donne déjà quelques premiers indices sur les priorités de la mandature Trautmann, mais également sur la vision de certaines thématiques. Niveau priorités, on peut lister l’éducation, la culture (avec en plus une délégation spécialisée sur la lecture), la jeunesse et le commerce. Par ailleurs, le sport arrive en 11e position, soit bien plus haut que sous le mandat écologiste.

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À contrario, la gestion du domaine public (et donc du stationnement) arrive en 17e, mandat auparavant géré par Pierre Ozenne en 9e position. Ensuite, alors que Jeanne Barseghian avait donné les délégations de Ville résiliente à Suzanne Brolly en 2e position, c’est Paul Meyer qui s’en occupera en 7e. C’est aussi le retour de la sécurité comme délégation, pour Arieh Adida, alors que Jeanne Barseghian avait préféré utiliser le terme « tranquilité publique » [également présent dans la délégation d’Arieh Adida, ndlr]. Il y a aussi l’effacement de la « transformation écologique du territoire », qui devient « nature en ville et développement durable » sous Catherine Trautmann.

Des priorités différentes pour un mandat qui sera sans aucun doute sensiblement différent.

Une liste qui fait (déjà) débat

À peine la liste dévoilée, les premières réactions ne se sont pas fait attendre, notamment du côté de Florian Kobryn de La France insoumise. Alors que dans son discours dans le conseil municipal, il affirmait être  « vigilant par rapport aux futur(e)s postes d’adjoint(e)s dans le cadre de la lutte contre l’islamophobie ou des violences faites aux femmes », l’équipe de Catherine Trautmann ne l’a visiblement pas convaincu.

Sur les réseaux, l’élu d’opposition a fustigé la liste : « Clientélisme, islamophobie, autoritarisme, sexisme, violences conjugales, xénophobie : voilà le nouveau visage de l’exécutif macroniste strasbourgeois. » Et comme il en fallait pour tout le monde, il a aussi déclaré que LFI serait la seule opposition « à chaque instant ».

Voilà qui promet des débats à l’inverse de l’apaisement voulu par Catherine Trautmann pour ce nouveau mandat. Un mandat qui commence dès maintenant.