Plus de 400 missiles lancés depuis fin février
Le système de défense antiaérienne israélien, ultra-sophistiqué et efficace, est organisé par couches et permet de répondre à des menaces à toute altitude. Les missiles Arrow 2 et 3 permettent d’intercepter des missiles volant au-delà de l’atmosphère terrestre, tandis que des systèmes américains THAAD complètent la défense israélienne. « Il n’y a pas d’endroit en Israël qui ne soit protégé par la défense multicouche » antiaérienne, selon le général de brigade Pini Yungman, président de TSG group, entreprise israélienne spécialisée dans les systèmes sécuritaires. Mais « dans le domaine de la défense, ce n’est jamais du 100 % » et le taux d’interception de missiles – 92 % – auquel parvient Israël est déjà « exceptionnel », précise le général de brigade Pini Yungman.
Selon l’armée israélienne, qui ne divulgue que peu de détails sur ses systèmes de défense, plus de 400 missiles balistiques ont été tirés par l’Iran depuis le début de la guerre déclenchée le 28 février dernier par les frappes israélo-américaines sur la République islamique. Le taux d’interception a « dépassé les attentes », se félicitait récemment le porte-parole de l’armée Nadav Shoshani. De fait, la plupart des dégâts en Israël ont été causés par des débris de missiles. Mais parmi les 19 civils tués en Israël depuis le début de la guerre, plus de la moitié a été tuée par des missiles iraniens ayant percé la défense.
La question des stocks de munitions
Environ deux semaines après le début de la guerre, le média en ligne américain Semafor estimait, citant des sources américaines, qu’Israël était « dangereusement à court d’intercepteurs de missiles balistiques ». Une source militaire israélienne avait démenti en déclarant qu’il n’y avait pas de pénurie « jusqu’ici », et que l’armée était « prête pour un long combat ». Mais selon une analyse du centre de recherche britannique Rusi publiée il y a quelques jours, les États-Unis, Israël et leurs alliés ont consommé de vastes quantités de munitions – offensives et défensives – dès les seize premiers jours de guerre : 11 294 munitions, représentant un montant de 26 milliards de dollars. Selon ce rapport, les intercepteurs de longue portée et les munitions de haute précision étaient « quasiment épuisés » après ces deux premières semaines.
« Ceci signifie que si la guerre continue, les avions devront pénétrer plus en profondeur dans l’espace aérien iranien, et, côté défensif, cela voudra dire encaisser davantage de missiles et drones iraniens », a déclaré le lieutenant-colonel américain Jahara Matisek, l’un des auteurs de l’étude. D’autant que les délais et coûts de production sont élevés, particulièrement pour les intercepteurs comme les Arrow israéliens. « Ce n’est pas seulement une question d’argent, c’est la réalité industrielle : de longs délais pour les composants, une capacité d’essais limitée, des sous-traitants fragiles et des chaînes de production qui ne se déploient pas comme une usine d’iPhone », a ajouté le lieutenant-colonel américain Jahara Matisek. Selon le rapport de Rusi, 81,33 % des stocks de missiles intercepteurs Arrow dont disposait Israël avant la guerre ont déjà été épuisés, et ils seront probablement « complètement consommés d’ici la fin du mois de mars ».
Les limites techniques du système
Le général de brigade Pini Yungman estime néanmoins qu’Israël peut produire des intercepteurs plus rapidement que l’Iran peut fabriquer des missiles balistiques. Mais le système israélien n’est pas à l’abri de dysfonctionnements. L’armée a ainsi reconnu qu’une défaillance du système antimissile « Fronde de David » avait permis la chute samedi dernier de deux missiles iraniens dans deux villes du sud d’Israël, notamment à Dimona, où se trouve un centre de recherche nucléaire stratégique. Selon le quotidien israélien Calcalist, l’armée avait choisi d’utiliser la Fronde de David, de moindre portée, pour préserver ses stocks d’Arrow.