Taschen consacre un beau livre exceptionnel au génie visionnaire de l’artiste franco-chilien. Rencontre en compagnie de son épouse, dans leur appartement atelier du XIIe arrondissement de Paris.
Rendre visite à Alejandro Jodorowsky est toujours un privilège. À 97 ans – il les a fêtés le 17 février –, le réalisateur de « La montagne sacrée », scénariste de la bande dessinée « L’incal », n’est pas un mythe poussiéreux qui ressasse ses vieux souvenirs. Non, celui qui a influencé tous les artistes novateurs depuis plus de cinquante ans a toujours l’œil vif et le verbe haut. Certes, il commence parfois ses phrases en espagnol pour les terminer en français, a souvent besoin de son épouse, la plasticienne Pascale Montandon, pour affiner ses propos. Mais il ne veut surtout pas que l’on parle de cet ouvrage comme de ses Mémoires. « On pourrait penser que c’est le moment de la transmission, mais ce livre est au contraire une renaissance », clarifie d’une seule voix le couple d’artistes, qui publie ses œuvres sous le nom de PascALEjandro.

Des pages du sublime Art Sin Fin d’Alejandro Jodorowsky
© Taschen
« Art Sin Fin » est une merveille éditoriale. Un ouvrage monumental de plus de 2 000 pages édité à 800 exemplaires, conçu en collaboration avec le studio graphique M/M (Paris) et Donatien Grau, qui donne la pleine mesure de l’œuvre colossale de son auteur. Il est composé de deux volumes, le premier, le plus important, est consacré aux visuels. « Il a fallu replonger dans ses films, image par image, dans ses bandes dessinées, case par case, retrouver tous les dessins », confie Pascale Montandon.
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Des pages du sublime Art Sin Fin d’Alejandro Jodorowsky.
© Taschen
Le second, plus petit, est constitué de textes et de réflexions que Jodorowsky a écrits en état de transe. Ni chronologie ni index ne sont offerts au lecteur. Il faut qu’il accepte de laisser le hasard choisir son propre chemin pour explorer l’univers de l’artiste. « Chez Alejandro, le temps est extensible. C’est une immersion visuelle, hypnotique, dans une œuvre qui n’est pas juste formelle », poursuit son épouse.
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Le tarot de Marseille omniprésent

Alejandro Jodorowsky
© Eric Garault / Paris Match
« Je suis heureux, car j’ai découvert une façon de m’exprimer. Si je n’avais pas trouvé comment traduire ce que j’ai dans la tête, je serais devenu fou, confie Alejandro Jodorowsky. L’art est une forme de folie. » Dans le livre, comme chez eux où sont exposées des cartes XXL, le tarot de Marseille a une grande importance. « Dans les premières images de “La montagne sacrée”, le tarot est déjà là, avec des représentations qu’il avait imaginées bien avant de rencontrer Philippe Camoin et d’en redessiner les cartes avec lui dans les années 1990. »
Ne comptez pas sur l’auteur de « La caste des Méta-Barons » pour redouter la mort, il n’y croit pas : « On ne peut ni expliquer le tout de l’être humain ni saisir l’entièreté de l’univers. Le plus important, c’est la découverte de soi-même. Chaque homme est une planète. On ne va pas mourir. On va juste changer d’élément », explique-t-il.
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Alejandro Jodorowsky
© Eric Garault / Paris Match
« Ce qui le préoccupe aujourd’hui, surenchérit sa femme, c’est le mystère du cosmos, l’univers, notre intériorité, la relation entre les êtres. Ça, c’est une réalité immuable, et c’est dans celle-là que nous vivons. » Il rit de bon cœur quand nous lui rappelons qu’un astéroïde porte son nom, alors que les hommes politiques ont droit, eux, à des aéroports. Oui, la planète Jodorowsky n’a pas fini de tourner.
Édition collector (No. 201-1.000), chaque exemplaire est signé par Alejandro Jodorowsky sur un feuillet placé au hasard parmi les pages du volume 1.
Deux volumes dans un boîtier en Plexiglas, qui peut être utilisé en lutrin, 25 x 42 x 9 cm; volume 1: couverture souple avec dépliants, 22 x 29,5 cm, 1.096 pages, tranches haute et basse dorées, feuillet signé glissé au hasard des pages; volume 2: relié avec tranche noire et dorée, 22 x 8,5 cm, 1.072 pages, poids total 14 kg.
Prix : 1250 euros.

Art San Fin d’Alejandro Jodorowksy, conçu en collaboration avec M/M Paris et Donatien Grau.
© Taschen