Depuis quelques mois, une pratique pour le moins déconcertante envahit les fils d’actualité de TikTok et Instagram : la « marche à pets », ou fart walk pour les anglophones. Si l’intitulé prête à sourire, le phénomène est loin d’être une simple blague de potache. Défendue par des médecins de renom et des chercheurs en oncologie, cette habitude s’impose comme un véritable protocole de santé publique. Mais comment une simple promenade digestive, ponctuée d’évacuations gazeuses, peut-elle devenir un allié de taille contre des pathologies aussi lourdes que le diabète ou le cancer ?
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L’origine d’un rituel qui brise les tabous
Tout commence avec Mairyln Smith, une créatrice de contenu et adepte du bien-être d’origine britannique. En partageant son rituel quotidien — une marche active juste après le dîner destinée à libérer ses intestins — elle a lancé le hashtag #fartwalks. Ce qui n’était au départ qu’une routine personnelle est devenu un mouvement collectif. L’objectif est double : améliorer son confort physique et, surtout, décomplexer un processus biologique naturel.
Pendant trop longtemps, les flatulences ont été reléguées au rang d’impolitesse suprême. Pourtant, la science est formelle : un microbiote intestinal en pleine forme produit entre 14 et 25 gaz par jour. Cette production est le signe que vos bactéries travaillent activement à la décomposition des fibres alimentaires. En incitant les internautes à sortir marcher pour « laisser filer », la fart walk transforme un moment potentiellement inconfortable en un acte de soin de soi accessible à tous, sans distinction d’âge ou de condition physique.
La science derrière le mouvement : un massage pour vos organes
Pourquoi marcher spécifiquement après manger ? Le Dr Gérald Kierzek, médecin urgentiste et directeur médical de la plateforme de santé Doctissimo, apporte un éclairage crucial. Selon lui, cette promenade stimule la motilité intestinale. En clair, le mouvement des jambes et du bassin entraîne des contractions des muscles de l’intestin qui facilitent le transit.
Le Dr Tim Tiutan, médecin très influent sur les réseaux sociaux pour ses conseils de vulgarisation, va plus loin en décrivant cette pratique comme un « massage intestinal naturel ». En marchant seulement 10 à 15 minutes, on aide les aliments et les gaz à circuler plus rapidement dans le tube digestif. Le résultat ? Une réduction drastique des ballonnements et une lutte efficace contre la constipation, offrant ainsi une alternative gratuite et sans effets secondaires aux laxatifs chimiques.
Un bouclier redoutable contre le diabète et le cancer
L’intérêt de la marche à pets dépasse largement le simple confort gastrique. Elle touche au cœur du métabolisme énergétique. Une étude de référence publiée en 2016 par la revue spécialisée Diabetologia a révélé un chiffre stupéfiant : marcher 10 minutes après chaque repas est bien plus efficace pour stabiliser la glycémie (le taux de sucre dans le sang) que de faire une séance de 30 minutes de sport à un autre moment de la journée.
Cette régulation est vitale, surtout après 40 ans, période où le risque de développer un diabète de type 2 augmente significativement. En évitant les pics de glucose post-prandiaux, on protège ses artères et son pancréas. Mieux encore, cet effet bénéfique sur le sucre sanguin perdure jusqu’à 24 heures après l’effort.
Par ailleurs, l’aspect préventif s’étend à l’oncologie. Le Pr Amy Berrington, qui dirige le groupe d’épidémiologie clinique du cancer à l’Institut de recherche sur le cancer, confirme qu’un mode de vie actif, même modéré, diminue les risques de plusieurs types de cancers. La marche à pets, en agissant sur les processus métaboliques et inflammatoires, s’inscrit directement dans cette stratégie de protection à long terme.
Une molécule miracle cachée dans vos gaz ?
Le point le plus surprenant de cette tendance concerne la composition même de nos flatulences. Des recherches scientifiques préliminaires suggèrent que le sulfure d’hydrogène, l’un des composants chimiques libérés lors de l’évacuation des gaz, posséderait des vertus insoupçonnées. À faible dose, cette substance pourrait protéger les cellules et freiner le vieillissement cellulaire.
Adopter la marche à pets, c’est donc accepter sa biologie pour mieux vivre. En alliant la simplicité d’une promenade de quartier à des bénéfices médicaux prouvés, cette mode semble bien partie pour durer. Elle prouve que les meilleures solutions de santé ne se trouvent pas toujours en pharmacie, mais parfois simplement au bout de nos chaussures de marche, juste après le dessert.