Il fut acclamé sur les courts de tennis du monde entier lorsque Jean-René Lisnard défiait les champions du circuit ATP.

Mais chez lui à Cannes, au Tennis Garden Club où il a implanté son Académie sportive, l’ancien n° 84 mondial (qui a passé au moins deux tours dans chacun des quatre tournois du Grand Chelem) ne compte pas que des supporters, loin de là.

L’Elite Tennis Center (ETC) tend pourtant à faire rayonner l’image sportive de la ville et accroît le prestige du complexe municipal de l’avenue Maurice-Chevalier.

Notamment avec le passage de vedettes telles que Daniil Medvedev, Mirra Andreeva, Alexander Muller et autres espoirs du tennis français ou mondial.

Mais certains adeptes de la petite balle jaune n’en ont cure. Car pour eux, abonnés du club qui viennent jouer en loisir ou adhérents de l’ASLM (Association Sportive des Loisirs Municipaux), l’essor lucratif de la « petite usine à champions » se ferait au détriment de simples habitués qui se retrouveraient parfois mis « out ».

« L’ETC prend ses aises…»

« Depuis plus d’un an, l’ETC a tendance à prendre ses aises avec les courts et les réservations. Ils ont empiété sur leurs prérogatives au fil du temps, et nous, on doit se contenter de ce qui reste, se désole ce père de famille, qui déplore ne pas trouver de terrains disponibles comme avant pour enseigner la discipline à sa fille. Une structure municipale devrait pourtant fonctionner selon le principe républicain où tout le monde est traité à égalité, mais en pratique, tout est parfois réservé en fluo quinze jours à l’avance, et on doit se rabattre sur de petits créneaux dont personne ne veut. Le pire, c’est quand il pleut : impossible de bénéficier d’un court couvert. »

« Depuis que Jean-René Lisnard a greffé ici son académie, le ver semble dans le fruit, maugrée également un vieil adhérent de l’ALSM. Aujourd’hui, on a l’impression que c’est lui qui dirige tout. »

D’autres estiment encore que son fameux patronyme a pris des allures de passe-droit.

« Jean-René Lisnard se permet tout ça uniquement parce qu’il est le cousin du maire David Lisnard », assène carrément Liliane, retraitée et abonnée au club, comme on foudroie son adversaire d’un passing-shot de fond de court.

Des insinuations et suspicions, d’autant plus que Jean-René Lisnard a aussi intégré le nouveau bureau de l’ASLM il y a quelques années.

Une « double casquette » qui lui permettrait « de tirer toutes les ficelles ».

« Il y a peut-être confusion »

Président de l’Elite Tennis Center, Philippe Rome monte au filet pour smasher ces accusations de volée et défendre l’honneur de son fondateur.

« Jean-René Lisnard a appris à jouer au tennis à l’ASLM, et s’il s’est engagé aux côtés du président Elkern, c’est pour aider à redresser le club qui se trouvait en déficit structurel et perdait des licenciés. Aujourd’hui, les résultats sont positifs et les subventions de la mairie ont diminué d’année en année, Alors c’est sûr que lorsqu’il n’y avait plus personne, on pouvait plus facilement réserver un court... »

Les allégations portant sur des abus de pouvoir ou plutôt le « squat » des terrains par les champions en graine ?

« C’est faux, on ne déborde absolument pas de ce que nous octroie la convention passée avec la mairie, justement pour ne pas être taxé de favoritisme familial. Il peut juste y avoir de petits ajustements horaires en été, quand il est impossible de jouer sous 40°, amortit Philippe Rome. Après, comme l’ASLM a également mis en place de nouvelles formules d’entraînements, et que tous les profs déjeunent ensemble, certains abonnés font peut-être la confusion avec l’ETC… Mais en réalité, il n’y a jamais d’engueulade au club, tout se passe bien. »

Telle une petite balle jaune, qui resterait toujours dans le court…

« C’est la ville qui garde la main ! »

Un seul site, trois entités. Mais sur ce complexe municipal (16 courts, dont 6 courts en terre battue et 4 courts couverts), c’est bien la Ville, via sa régie, qui garde toujours la main, indique le directeur de sports Patrice Mestre.

Notamment en établissant un planning de base des associations (l’ASLM et l’Elite Tennis Center) qui utilisent la structure en fonction des conventions passées.

L’ASLM dispose ainsi de 12.000 heures par an pour ses 500 adhérents, en apprentissage, loisir ou compétition.

L’ETC et ses 20 à 40 joueurs de 14 à 20 ans voués à une carrière pro et de haut niveau, bénéficient de 3.050 heures annuelles sur trois courts (dont un couvert en cas d’intempéries), aux créneaux réservés de 8 à 12 h et de 14 à 18 h du lundi au vendredi, de 8 à 12 h le samedi.

« La surface des courts dévolus, terre ou dur, peut varier selon le tournoi à préparer, c’est pourquoi la régie doit harmoniser les réservations. »

D’autant plus que s’ajoutent les demandes quotidiennes des 250 abonnés hors associations.

« Le problème, c’est que les abonnés ont parfois tendance à vouloir jouer le même jour, à la même heure, aux créneaux les plus occupés, alors même qu’ils sont retraités, pointe Patrice Mestre. Mais notre objectif reste que tout le monde soit content. L’occupation des cours est contrôlée, et en cas d’intempéries, il y a toujours deux terrains couverts qui restent réservés aux abonnés et aux adhérents, sauf le mercredi où l’occupation est plus importante pour les enfants de l’ASLM, car c’est le jour où ils n’ont pas classe. Mais ceux qui râlent ne représentent qu’une infime minorité. »

Jean-René Lisnard, la double casquette qui divise

Les quatre courts couverts du complexe sont très prisés en cas d’intempéries...

Les quatre courts couverts du complexe sont très prisés en cas d’intempéries…
Crédit photo Web uniquement

Jean-René Lisnard, une omniprésence qui dérange dans les instances du Garden Tennis Club ?

« Il n’y a rien de choquant à ce qu’un ancien joueur pro apporte aussi son expérience à une association qui utilise aussi ces terrains. »

Quant à son cousin maire, on le voit régulièrement fouler le bord de mer. Ou bien dans les tribunes du stade, à encourager l’AS Cannes.

Mais jamais au tennis Garden Club, raquette en main.