Par

Esma-Sahra KADI-PASQUER

Publié le

29 mars 2026 à 10h00

Nathalie Durand-Prinborgne a été victime d’un accident vasculaire cérébral il y a neuf ans, en 2017. Elle dînait en famille autour d’un plat de pâtes carbonara. « En me levant, je n’allais pas bien, j’ai perdu connaissance », raconte-t-elle à la conférence organisée jeudi soir au Ciné Manivel, par Redon agglomération (Ille-et-Vilaine). « Quand je me suis réveillée, j’ai voulu parler à ma fille penchée au-dessus de moi, mais je n’ai pas réussi. Alors je lui ai fait signe de m’emmener un papier et un crayon. Là, je n’ai pas réussi à écrire quoi que ce soit de cohérent. La communication est devenue impossible ».

Son mari ne perd pas de temps, appelle les pompiers, qui arrivent dans la foulée. Mais ces derniers ne croient pas à un AVC : « elle n’a rien de paralysé », s’étonnent-ils. Par acquit de conscience, ils appellent quand même le médecin référent, et Nathalie Durand-Prinborgne est finalement prise en charge dans les deux heures.

Comment reconnaître l’AVC ?

Alors, comment reconnaître l’AVC, s’il prend différentes formes ? « La survenue des symptômes se fait de façon brutale, et se manifestent sur le côté opposé à la lésion », explique Andréa Frappier, infirmière coordinatrice rattachée à l’ARS et animatrice de la conférence. Ainsi, les symptômes peuvent survenir à droite comme à gauche. Selon elle, « un seul signe suffit à alerter » : un visage paralysé, si la bouche part de travers quand la personne sourit, par exemple. L’inertie d’un membre, si un bras pend ou devient lourd. Un trouble de la parole, comme dans le cas de Nathalie. Mais aussi troubles visuels, sensitifs, de l’équilibre et de la coordination, de la déglutition… Parfois, l’AVC se manifeste sous forme de maux de tête, « brutaux et inhabituels, une sensation d’étau et de coup de tonnerre dans le cerveau. Les personnes disent qu’elles n’ont jamais ressenti ça auparavant ».

Que faire ?

« Appeler le 15, en urgence. Si vous estimez qu’il y a une chance que ce soit en AVC, n’hésitez pas à l’émettre au téléphone », conseille Andréa Frappier. Pour les personnes seules qui ne seraient plus à même de parler correctement, appelez le 114. Il faut aussi allonger la personne, même si elle marche normalement, de manière à ce que le sang arrive plus facilement jusqu’au cerveau. En cas de vomissements, privilégiez la position latérale de sécurité.

Ensuite, questionnez : depuis combien de temps les symptômes sont apparus ? Est-ce que c’est la première fois ? Prenez-vous des anticoagulants ? Les réponses à ces questions serviront lorsque vous serez en ligne avec les équipes soignantes.

La priorité est d’agir vite, pour que la personne soit prise en charge dans les 4 h 30.

Vidéos : en ce moment sur ActuLimiter les facteurs de risque

Certains facteurs de risque sont « modifiables » : l’hypertension artérielle, le diabète, et l’hypercholestérolémie, qu’il faut surveiller. Mais aussi la consommation de stupéfiants, la cigarette, l’alcool, l’excès de graisses et de sucre, l’apnée du sommeil, la sédentarité, l’obésité, l’environnement, « courir en plein centre de Paris pour limiter la sédentarité est une très mauvaise idée », le stress…

Patrick Bonpoil, habitant de Pipriac, a été victime d’un AVC à 51 ans. « Je fumais un paquet de trente cigarettes par jour, je buvais, je travaillais beaucoup et me levais à trois ou quatre heures du matin », raconte-t-il. Le jour de l’accident, il est simplement tombé inerte. Il est pris en charge « dans les deux ou trois heures, donc bien avant les 4 h 30 ». Il s’en sort vivant, mais paralysé d’un côté et donc en fauteuil roulant. À force de travail et de résilience, il marche à nouveau. Mais il ne relâche jamais ses efforts. « Aujourd’hui, je marche 8 km tous les matins, pendant deux heures. Le midi, je masse ma jambe et mon mollet 45 minutes de chaque, devant la télé. C’est comme ça que j’ai réussi à m’en sortir, sinon je ne marcherais pas ». Il tient à prévenir : « si vous connaissez quelqu’un qui fume, dites-lui d’arrêter, c’est un suicide à long terme ». De même, « il ne faut pas rester isolé après un AVC. Aller voir des gens compétents, c’est impératif ».

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Conséquences parfois irréversibles

Nathalie Durand-Prinborgne, elle, traîne « des problèmes d’élocution, notamment quand je suis fatiguée. J’ai moins d’énergie, je suis hypersensible ». Elle a aussi des pertes de mémoire importantes. « J’ai conservé tous mes souvenirs d’avant l’accident. Mais si je regarde un film, et que je regarde le même trois semaines après, je me souviens de quelques images mais plus du tout de l’intrigue », raconte-t-elle. « Je ne suis plus la même intérieurement. Mais c’est la première cause de mortalité chez les femmes, donc j’ai eu de la chance », conclut-elle.

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