Émotions, record et ferveur populaire: pour leur grande première au Vélodrome, les joueuses de l’OM ont vécu une soirée hors du commun. Si le résultat n’a pas été au rendez-vous, l’essentiel était ailleurs, dans cette communion inédite avec un public venu en nombre.

On disait « Marseille, ville du football » et ce match l’a encore prouvé. Samedi pour la première des joueuses de l’OM au Vélodrome, on ne savait pas vraiment à quoi s’attendre. D’après le club, à la mi-journée plus de 55.000 billets, gratuits pour l’évènement, avaient été réservés. Mais y aurait-il autant de supporters en tribune? Le doute était permis.

« On a rempli le stade, tu veux quoi de mieux? »

Quelques heures avant le match, les premières animations débutent. Concours de jongles, test de réactivité, atelier maquillage aux couleurs de l’OM… L’ambiance est encore calme. Sur le parvis Ganay du stade Vélodrome un groupe de jeunes s’affairent autour de tambours, banderoles et même d’un tifo, surprise du coup d’envoi. Ce sont les ‘Phocéennes 2025’, un club de supporters fondé en novembre par Aurélie et Tom, 20 et 21 ans. « Les hommes de l’OM sont bien connus pour avoir plein de groupes de supporters, mettre l’ambiance. Quand les filles sont montées en D1, on s’est dit qu’on devait constituer un groupe pour les soutenir », explique la jeune femme, casquette sur la tête. Pour elle comme pour les autres supporters, la ‘Prise du Vel’, nom donné à cette opération historique, est une consécration: « Je suis excitée car c’était un de mes rêves en créant ce groupe que les filles jouent au Vélodrome et ça se réalise, donc c’est super. »

Intrigué par notre micro, un supporter approche, lunettes de soleil sur les yeux et veste aux couleurs de l’OM. « On a rempli le stade, tu veux quoi de mieux? C’est de la bombe. À jamais les premières, c’est tout! », s’enthousiasme Hamza, 40 ans. Pour ce passionné de foot, c’est une anomalie que les Marseillaises ne jouent pas régulièrement au Vélodrome: « Martigues, ce n’est pas un stade à la hauteur des Marseillaises, la vérité, il faudrait qu’elles jouent à l’Orange Vélodrome. La preuve, nous les supporters on est là aujourd’hui et c’est immense. »

OM-Marseillaises, pas la même ambiance

À l’approche du coup d’envoi, une marée d’écharpes et de maillots bleus et blancs déferlent sur le parvis. Un public jeune, familial, des groupes d’amis, une ambiance différente des jours de match de l’équipe masculine. « Il y a moins de tension, c’est plus bon enfant », confie Hamza, habitué des soirées marseillaises à soutenir la « bande à Greenwood ». « Et aujourd’hui je suis Marseillaise moi », s’exclame-t-il dévoilant le sweat-shirt bleu à l’effigie de l’équipe féminine.

Parmi les personnes présentes, rares sont celles capables de nous citer le nom des joueuses locales, mais pour Christian, 65 ans, il faut y aller étape par étape: « C’est une journée incroyable pour tout le football marseillais parce que c’est une unité. Que ce soit homme ou femme, il faut qu’on soit derrière tout le monde », insiste ce fan de la première heure qui a rameuté ses amis au stade pour l’occasion. « Le jour tant attendu de la première des Marseillaises au Vélodrome est enfin arrivé et c’est magnifique. Pour l’instant leurs noms ne sont pas connus il faut encore que ça progresse. »

Même si les féminines de l’OM ne jouissent pas d’une grande notoriété pour le moment, ce match d’exhibition crée des vocations de supporters et supportrices. Joséphine a 22 ans, avant cette rencontre, elle n’était jamais venue au stade et ne s’intéressait pas aux performances de l’équipe masculine. Mais pour la ‘Prise du Vel’, elle a tenu à se déplacer pour encourager les joueuses. « La motivation principale c’est de voir les filles jouer et je reviendrai c’est sûr ». Evan lui aussi n’était jamais venu au stade car il habite à Metz. Ce sont les billets gratuits qui l’ont convaincu de prendre sa place et voir l’équipe féminine n’enlève rien au spectacle: « C’est une super opportunité parce qu’on n’a pas énormément de budget et en tant que supporter de l’OM, c’est vraiment un rêve de venir ici. »

« Le résultat c’est la seule chose qu’on ne peut pas contrôler »

Au moment du coup d’envoi, beaucoup de places sont encore vides en tribunes. Elles se rempliront au fil de la rencontre, créant une belle atmosphère. Le chiffre d’affluence tombe: 35.713 supporters c’est un record, terni par les ‘no shows’, ces billets réservés mais jamais pourvus, car gratuits? Pas de quoi gâcher l’instant. Sur le terrain en revanche, les Marseillaises sont moins à la fête. Un but contre leur camp en moins d’une minute et une défaite au coup de sifflet final (1-2), cruelle fin de soirée pour la grande première. « La fête aurait pu être belle ce soir, maintenant, ça ne s’est pas passé comme on voulait », constate l’entraîneure Corinne Diacre, en conférence de presse d’après-match.

« Même si le public était là, il nous a manqué ce petit supplément d’âme qu’on n’a pas réussi à aller chercher. La prise du Vel, l’OM ne l’a pas faite », lâche-t-elle, déçue. Même désillusion du côté de la capitaine phocéenne, Tess Laplacette, enfant de la région, formée au club: « J’ai kiffé, je ne vais pas vous mentir. Quand le public nous encourageait, dès qu’on passait la médiane, ça nous poussait. Justement, ça me rend folle qu’on n’ait pas pu marquer plus de buts avec cette ambiance. Ça me ronge de l’intérieur ». Malgré le goût amer de la défaite, ce match au Vélodrome laissera une trace indélébile aux Marseillaises: « J’ai eu les frissons puis dès la deuxième minute, j’ai eu honte, clairement. Maintenant, c’était un plaisir d’entendre 35.000 personnes qui nous ont encouragées tout le match », souligne la défenseure. « C’était un pur bonheur, c’est sûr qu’au fond de mon cœur, je n’oublierai jamais ce match ce soir ». Applaudissements pour les actions marseillaises, sifflets à chaque touche de balle des Montpelliéraines aucun doute, le public était derrière ses pionnières. Et le directeur de la section féminine, Stefano Petruzzo ne s’y trompe pas: « Le résultat c’est la seule chose qu’on ne peut pas contrôler. On remercie tous les supporters d’être venus, c’est historique ».

Sur la pelouse, les Marseillaises ont perdu certes, mais elles ont gagné le cœur des supporters du Vélodrome

Diane Carlotti, à Marseille