JC MILHET / Hans Lucas via AFP
Jordan Bardella, ici à Perpignan le 28 février 2026.
EN BREF • Dans un sondage pour la présidentielle 2027, Édouard Philippe apparaît comme le seul candidat capable de battre Jordan Bardella ou Marine Le Pen.
• La fébrilité du Rassemblement national amène plusieurs cadres et élus à critiquer le sondage et à présenter l’ancien Premier ministre comme l’héritier d’Emmanuel Macron.
• Le parti d’extrême droite craint que le maire du Havre puisse activer le front républicain contre son candidat.
Un caillou havrais dans la chaussure du Rassemblement national. Le parti de Jordan Bardella s’est agité ce dimanche 29 mars, après la publication d’un sondage sur la présidentielle 2027. Largement en tête au premier tour (quel que soit son candidat), le parti d’extrême droite y est donné perdant au second en cas de duel avec l’ancien Premier ministre Édouard Philippe.
Dans cette enquête d’opinion Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche, six configurations de duel de second tour sont proposés. Jordan Bardella est confronté à Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, Bruno Retailleau et Édouard Philippe. Marine Le Pen est testée deux fois, face au maire du Havre et à Gabriel Attal.
Résultats ? Le parti d’extrême droite est donné gagnant dans quatre cas de figure sur six, très largement (71,5 %) dans une confrontation avec Jean-Luc Mélenchon et avec une avance de 2 à 16 points en cas de duel face à Gabriel Attal, Bruno Retailleau ou Raphaël Glucksmann. Un seul candidat parvient à s’imposer contre le ou la représentante du Rassemblement national : Édouard Philippe. Le maire du Havre tout juste réélu (il en faisait une condition pour se présenter) l’emporterait d’une courte tête (51,5 %) devant le président du Rassemblement national et un peu plus largement (53 %) face à Marine Le Pen.
Le RN en opération minimisation
Le scénario a déplu aux élus d’extrême droite qui ont déroulé leurs contre-arguments. Primo, faire d’Edouard Philippe un sosie d’Emmanuel Macron en rappelant aux Français qu’il n’y a pas l’épaisseur « d’une feuille de papier à cigarette entre le programme de Macron en 2017 et Édouard Philippe », a répliqué le député RN Jean-Philippe Tanguy. « Je vois bien leur stratégie, (qui consiste à dire que) c’est une petite rupture avec Emmanuel Macron, à faire croire que c’est différent. Je pense que les Français et Françaises ne seront pas dupes. (…) Si c’est lui qui doit affronter Marine Le Pen ou Jordan Bardella, on aura beaucoup de choses à dénoncer », a-t-il assuré sur BFMTV.
Lui se refuse à « critiquer les sondages », rappelant à quel point ces derniers varient, a fortiori à plus d’un an du scrutin. Mais son collègue de l’Assemblée Frédéric Falcon ne s’en est pas privé. Sur X, il a partagé une capture d’écran d’un sondage réalisé en février 2022 dans lequel Valérie Pécresse était donnée gagnante du second tour face à Emmanuel Macron. La candidate LR n’a finalement recueilli que 4,8 % au premier tour, bien loin d’une qualification. « “Édouard Philippe va gagner la présidentielle. ” Oui, oui… », raille le député.
La lecture de ce contenu est susceptible d’entraîner un dépôt de cookies de la part de l’opérateur tiers qui l’héberge. Compte-tenu des choix que vous avez exprimés en matière de dépôt de cookies, nous avons bloqué l’affichage de ce contenu. Si vous souhaitez y accéder, vous devez accepter la catégorie de cookies “Contenus tiers” en cliquant sur le bouton ci-dessous.
Lire la Vidéo
Hélène Laporte, députée RN de Lot-et-Garonne, dénonce, elle, « la petite musique (qui) commence à monter » pour « justifier » de futurs ralliements des candidats de la droite et du centre. La remarque dit surtout beaucoup des craintes réelles du RN. Un éparpillement des candidatures à droite et au centre serait profitable au parti qui louche sur l’électorat de droite « déçu », estime Jean-Philippe Tanguy. En parallèle, le RN redoute la construction d’un « vote utile » ou d’un « front républicain » susceptible de lui barrer la route. « Voter Édouard Philippe reviendra à continuer la politique désastreuse d’Emmanuel Macron », met en garde Hélène Laporte.
Charles-Henri Gallois, ancien proche de Florian Philippot et désormais conseiller de Jordan Bardella à Strasbourg a lui tenté de décourager un éventuel vote « barrage » en faisant valoir que même si celui-ci aboutissait, cela ne permettrait pas de « débloquer le pays ». « E. Philippe n’a strictement aucune chance d’obtenir une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Au-delà de son bilan catastrophique, qui est celui du macronisme, s’il passe, ce sera l’assurance de voir le pays encore bloqué pendant 5 ans », a souligné ce conseiller de l’extrême droite. Quitte à laisser apparaître une certaine fébrilité dans une projection où le RN serait bel et bien défait au second tour pour la quatrième fois depuis la création du parti.