Il s’agirait de « la concrétisation de la menace iranienne contre les intérêts américains et israéliens partout en Europe », d’après une source proche du dossier. Dans la nuit de samedi à dimanche, deux nouvelles personnes ont été interpellées dans le cadre de l’enquête sur l’attentat déjoué dans le VIIIe arrondissement de la capitale contre le siège parisien de la Bank of America, portant à trois le nombre d’individus gardés à vue dans cette affaire, dimanche soir.

D’autres actions similaires en Europe

La veille, vers 3 h 30, un jeune homme mineur, d’origine sénégalaise, s’apprêtait à allumer un engin explosif artisanal – un bidon rempli d’un liquide inflammable et doté d’un système de mise à feu – devant l’établissement parisien lorsque la police est intervenue. Le suspect était accompagné d’un complice, prenant des photos et des vidéos avec son portable avant de prendre la fuite en courant.

Le mineur interpellé a expliqué avoir été recruté via l’application Snapchat pour réaliser cette opération moyennant la somme de 600 euros. Faisant « le lien » avec le Moyen-Orient, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez observe dans cette opération avortée « des similitudes » avec d’autres actions menées dans plusieurs pays européens qui ont été revendiquées par un mystérieux groupuscule, considéré comme proche des Gardiens de la révolution iraniens. Affirmant ne pas savoir qui était « le commanditaire », le ministre confesse qu’« il y a quand même une suspicion » d’une action menée par « des proxies » (intermédiaires, NDLR) des Iraniens.

« Un professionnalisme sanglant »

Si cette hypothèse est probable, Alain Rodier reste « très prudent » sur la responsabilité éventuelle du régime islamique. « Les Iraniens nous ont malheureusement habitués à des actes abominables, ils ont souvent fait preuve d’un professionnalisme sanglant dans leurs opérations extérieures », tient à souligner l’ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, faisant référence aux actes terroristes menés sur le sol français en 1985 et 1986, comme l’attentat de la rue de Rennes le 17 septembre 1986, ou encore à l’attaque contre l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA), à Buenos Aires en 1994, qui a causé la mort de 85 personnes.

« Ça ne correspond pas à l’image des services secrets iraniens », ajoute l’analyste, qui voit beaucoup d’amateurisme dans cette affaire. « L’Iran et ses proxys ont un lourd passif en matière de terrorisme international. Leurs cibles les plus fréquentes ont été des opposants iraniens, les intérêts israéliens et les communautés juives », nous rappelait début mars Marc Hecker, directeur exécutif de l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Un regard partagé par le politologue, associé chez Forward Global, Antoine Basbous, qui parle d’une opération de « bras cassé ». Ce que redoute véritablement le directeur de l’Observatoire des pays arabes, c’est « l’activation des agents professionnels », « structurés » et « entraînés », capables d’actions comme celles mentionnées précédemment. Le chercheur s’interroge toutefois sur la fidélité de ces derniers dans le contexte actuel, où le régime est particulièrement affaibli et n’est plus autant capable d’assurer la protection de ces agents à l’intérieur et en dehors de ses frontières.

« Semer le désordre »

S’il s’agit ici d’un acte visant les intérêts américains sur le sol français, quelle pourrait être la motivation des autorités iraniennes à frapper la France et les pays européens, pourtant à l’écart du conflit ? « Semer le désordre, provoquer une onde de choc, montrer sa capacité de nuisance et faire pression sur la communauté internationale », liste Antoine Basbous. « En temps de paix, ils sont capables de prendre en otage des ressortissants européens, pour avoir des ressorts diplomatiques à disposition », ajoute le politologue.

Le doute subsiste donc sur l’identité du commanditaire de cette attaque à Paris. Alain Rodier n’exclut pas non plus la possibilité d’une initiative individuelle, ou d’une tentative d’ingérence comme celles commises par les Russes ces dernières années (Tags d’Étoile de David, mains rouges sur le Mémorial de la Shoah, …). Mais il prévient : « Si les services secrets iraniens passent vraiment à l’action, ça sera d’une tout autre envergure. » La menace d’une nouvelle attaque dans l’Hexagone reste forte.