En analysant plus de 2000 tiques envoyées par les citoyens, dans le cadre du programme CiTIQUE, des scientifiques d’INRAe, de l’université de Lorraine, de VetAgro Sup et de l’Anses, ont cartographié la présence des différentes espèces de tiques piqueuses d’humains en France, ainsi que celle des agents pathogènes qu’elles transportent.
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La nouvelle cartographie publiée par le programme CiTIQUE, de l’INRAe Nancy Grand Est, alimentée par des contributions de citoyens, confirme une réalité déjà pressentie par les scientifiques : le Grand Est fait partie des zones françaises où les tiques sont le plus souvent porteuses d’agents pathogènes, notamment « Borrelia burgdorferi sensu lato« , responsable de la maladie de Lyme.
« Dans l’étude, on a trouvé un groupe avec un taux d’infection élevé qui regroupait Auvergne–Rhône-Alpes, Bourgogne–Franche-Comté, Centre–Val-de-Loire, Grand Est et Nouvelle-Aquitaine », explique Jonas Durand, ingénieur et chercheur à l’INRAe Grand Est à Nancy-Champenoux à l’origine de ce programme. Ces régions se distinguent « significativement » du reste du pays. Et le Grand Est figure bien parmi les zones les plus touchées : « Oui, ce sont des zones où on a effectivement le plus trouvé de tiques porteuses de Borrelia burgdorferi sensu lato. »
Si la région apparaît comme un foyer important, ce n’est pas un hasard. La tique Ixodes ricinus, principale espèce vectrice de Borrelia en France, trouverait dans le Grand Est un environnement particulièrement favorable. Voici les hypothèses des scientifiques : « elle apprécie quand il fait chaud et humide, ni trop sec ni trop froid. Elle aime la végétation dense, notamment les forêts, mais aussi les jardins et les prairies », nous explique Jonas Durand. Le Grand Est cumulerait plusieurs autres facteurs propices : « un taux de boisement assez important », un climat propice, « pas mal de gibier », notamment les cervidés, essentiels à la reproduction des tiques. À cela s’ajouteraient les réservoirs de Borrelia : rongeurs et oiseaux. Leur présence, combinée à l’activité des tiques, crée un terrain favorable à la circulation de l’agent pathogène.

La région Grand Est, terrain idéal pour Ixodes ricinus
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© INRAe, Université de Lorraine
Les chercheurs avancent aussi une hypothèse pour expliquer pourquoi l’Est est plus touché que l’Ouest : « Dans l’ouest de la France, les tiques probablement se nourrissent plus sur des oiseaux que sur des rongeurs, parce qu’on a trouvé moins d’agents pathogènes liés aux rongeurs dans l’Ouest que dans l’Est. » Une piste encore à confirmer.
Autre découverte notable : la présence de larves infectées par Borrelia. »On a trouvé des larves infectées, et ça rejoint des études récentes dans d’autres pays », souligne Jonas. Certaines de ces larves seraient même capables d’infecter un nouvel hôte. Le risque reste plus faible qu’avec les nymphes ou les adultes, mais il existe. D’autant que les larves sont « très dures à voir à l’œil nu » et sont souvent regroupées au même endroit. Dans le Grand Est, leur activité débute « à partir de fin juin ». Comme pour les adultes, elles se postent sur des herbes hautes et s’accrochent à tout ce qui passe animaux ou humains.

Espèces de tiques piqueuses identifiées
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© INRAe, Université de Lorraine
Cette année, le printemps précoce a lancé la saison des tiques plus tôt encore : « on a trouvé des tiques beaucoup plus tôt que les années précédentes. »
Les conseils restent simples mais essentiels : porter des vêtements couvrants et clairs, non pas comme protection absolue mais pour repérer les tiques ; éviter les herbes hautes et les zones de passage d’animaux ; utiliser des répulsifs adaptés, à choisir avec un pharmacien ; s’inspecter après chaque sortie, puis le lendemain. « C’est toujours mieux d’enlever une tique après 24 heures qu’après 48 ou 72 heures », rappelle Jonas Durand. Le retrait doit se faire avec un moyen mécanique (tire-tique ou pince à épiler), suivi d’une désinfection et d’une surveillance des symptômes.
Grâce aux envois citoyens, les chercheurs ont identifié « 18 espèces d’agents pathogènes différents », dont plusieurs espèces de Borrelia. Des co-infections ont également été observées : « 5 % des tiques étaient porteuses d’au moins deux agents pathogènes différents. » Le scientifique tient à nuancer : « toutes les personnes qui ont été piquées par des tiques infectées ne sont pas forcément tombées malades. »

Des analyses réalisées grâce aux contributions citoyennes
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© INRAe, Université de Lorraine
Le risque dépend du temps d’attachement, de la souche, ou encore du système immunitaire. « C’est un taux d’exposition, pas un taux de malades. »
Les piqûres peuvent être signalées sur l’application Signalement Tique ou sur Citique.fr. « Cette cartographie, on l’a réalisée grâce aux citoyens », insiste Jonas Durand. Vous pouvez aussi, selon le protocole détaillé sur le site, envoyer une tique par courrier ou la déposer auprès de l’Inrae de Champenoux en Meurthe-et-Moselle.
CiTIQUE travaille actuellement sur de nouveaux supports pédagogiques. « On a fait des ateliers avec des citoyens et des acteurs de la santé pour construire des messages de prévention. L’équipe travaille notamment à des vidéos qui devraient être disponibles d’ici l’été ».