« Un petit jeune qui ne faisait jamais de bruit » : telle était la personnalité du patron-pêcheur Romain Le Bris, décédé en mer samedi 28 mars 2026, dépeinte par Jonathan Thomas, patron pêcheur et armateur de quatre chalutiers, dont le Fury Breizh. Vers 5 h 40, au large de Saint-Quay-Portrieux, en face de Madeux, le Cassiopée II, victime d’un naufrage, avait déclenché sa balise de détresse. La Marine nationale, la SNSM et trois bateaux de pêche s’étaient rapidement rendus sur les lieux. Les deux occupants du Fury Breizh ont réussi à sauver l’un des deux marins, à 5 h 45, en le tirant à bord de leur chalutier. Mais il était déjà trop tard pour le patron. Son corps a été retrouvé vers 8 h 05 par quatre secouristes de la SNSM et sa mort a été prononcée à 9 h 30.

« Heureusement qu’il a su manœuvrer le bateau »

Le Bureau d’enquêtes sur les événements de mer (BEA mer) a ouvert une procédure, confiée à la brigade de surveillance du littoral de Brest, afin de définir les « circonstances techniques du naufrage », indique la préfecture maritime. Selon les premiers éléments, le navire aurait chaviré sans contact avec des rochers, dans « une mer agitée », avec des creux pouvant atteindre trois mètres. Le poids du filet, rempli de poissons, aurait pu jouer un rôle majeur dans le naufrage. Le devenir de l’épave du Cassiopée II sera décidé lors d’une réunion prévue ce lundi 30 mars.

« C’est un métier si difficile » : à Saint-Quay-Portrieux, sur le port, les passants pensent surtout à la famille du marin décédé la veille.« C’est un métier si difficile » : à Saint-Quay-Portrieux, sur le port, les passants pensent surtout à la famille du marin décédé la veille. (Le Télégramme/Frédéric Militon)

Démontrant le courage et la solidarité propres à leur communauté, Nicolas Boitte et son matelot, les équipiers du Fury Breizh, ont mis leur vie en jeu pour venir au secours de leurs collègues. Le premier a été hospitalisé à l’hôpital de Saint-Brieuc pour un début d’hypothermie et a passé un scanner pour un gros hématome à la tête. Le second a passé la soirée chez Jonathan Thomas le soir même : « Heureusement qu’il a su manœuvrer le bateau, souffle-t-il. Ils ont vraiment eu du mal à remettre le marin à bord. Et ils ont vu partir leur collègue, ils sont sous le choc. »

« Un métier à risque »

Cela faisait une bonne dizaine d’années qu’il travaillait en mer, en tant que matelot puis patron. Romain Le Bris, 29 ans, « était un bon gamin qui bossait dur, déplore l’armateur. On sait que c’est un métier à risque, mais ce genre d’évènement n’est jamais simple à encaisser. Son père était lui-même pêcheur. »

Le port de Saint-Quay-Portrieux, ce dimanche 29 mars.Le port de Saint-Quay-Portrieux, ce dimanche 29 mars. (Le Télégramme/Frédéric Militon)

Sur le port de Saint-Quay, ce dimanche 29 mars 2026, la tragédie est dans tous les esprits. « C’est épouvantable », se désole Marie, alors que François, son mari, hoche doucement la tête. Ces deux promeneurs ont appris la nouvelle le matin même. « Je pense surtout à sa famille. C’est un métier si difficile et ce genre de tragédie en fait malheureusement partie. » À quelques centaines de mètres de la criée, les gérants de la crêperie Le Poisson rouge n’ont « pas croisé de pêcheurs depuis le drame. Mais c’est un sujet qui revient évidemment dans les conversations. Ce qui est vraiment terrible, c’est qu’il était très jeune. »

Obsèques et hommage en mer

Sur les réseaux sociaux, les hommages et soutiens à la famille se multiplient. « La mer est notre vie, mais aujourd’hui elle nous rappelle aussi sa dureté, marque l’association des marins-pêcheurs du Légué sur sa page Facebook. Sachez que nous sommes unis à vos côtés, comme une grande famille de marins, dans le chagrin et le recueillement. »

Les funérailles de Romain Le Bris auront lieu samedi 4 avril, à 11 h, aux pompes funèbres de Saint-Brieuc. Une vente solidaire de coquilles sera tenue par les marins, dont le profit sera reversé à la famille. Un hommage en mer devrait également avoir lieu incessamment. « La mer est toujours plus forte que nous. Et parfois, on a des rappels à l’ordre », mesure Jonathan Thomas.