Un tableau de Claude Monet est au centre d’une bataille entre des héritiers du peintre français et le marchand d’art new-yorkais Wildenstein & Co, qui a fait l’objet jeudi d’une audience dans un tribunal judiciaire dans l’ouest de la France.
« On est dans le cadre d’une affaire qui concerne les descendants directs de Claude Monet », explique à l’AFP Me Nans Méger, qui les défend aux côtés d’une autre avocate, Me Corinne Hershkovitch.
Le petit-fils du frère du peintre, détenteur d“« Adolphe Monet lisant dans un jardin », se trouvait avant sa mort face à un dilemme : comment transmettre ce chef d”œuvre, figurant le père de Claude Monet lisant un journal dans le jardin de sa demeure de Sainte-Adresse, à ses deux enfants ?
Il a donc décidé de l’échanger avec la galerie Wildenstein, l’une des principales du secteur dans le monde, contre cinq tableaux moins cotés dont un seul de Monet, afin de faciliter le partage. L’échange a eu lieu en 2004.
Mais depuis, ses héritiers (sa veuve et ses enfants, autrement dit les arrière-petits-enfants de Claude Monet) se sont aperçus que le tableau échangé de Monet, avait été « transposé ».
« On a utilisé des morceaux de toile d’une œuvre originale et on les a reposés sur une autre toile », éclaire Me Méger, de quoi diminuer fortement sa valeur.
Cette raison est suffisante pour faire annuler la vente, selon les représentants légaux des héritiers, qui souhaitent revenir à l’état antérieur à l’échange et donc récupérer le tableau original.
« Au fond, nous demandons la nullité de la transaction intervenue en 2004 », a plaidé Me Hershkovitch à l’audience.
Le marchand d’art, fin connaisseur de l’oeuvre du peintre, ne pouvait ignorer cette transposition, selon Me Méger.
L’audience de jeudi n’est qu’une étape dans cette affaire : le délibéré rendu le 7 mai dira si un tribunal français est bien compétent pour juger sur le fond, ou au contraire un tribunal américain.
« Si le litige devait se tenir là-bas, cela impliquerait des frais de justice très lourds pour mes clients », a souligné auprès de l’AFP Me Hershkovitch, à l’issue de l’audience.
L’avocat du marchand d’art, Philippe Plantade, n’a pas souhaité s’exprimer auprès de l’AFP.
Me Plantade a plaidé jeudi que le tribunal compétent était « celui du lieu de résidence du défendeur ou encore celui du lieu de livraison, à chaque fois New-york ».
Début février, la Cour de cassation avait validé définitivement la culpabilité et l’essentiel des condamnations des héritiers de la famille Wildenstein et de leurs conseillers, dans une affaire de fraude fiscale.