Au Guilvinec (29), la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre sur les quais. Ce dimanche 29 mars 2026, Sébastien Le Prince, le vice-président du comité des pêches du Sud-Finistère et patron du chalutier Magellan 2, a annoncé, sur les réseaux sociaux, qu’il cessait son activité « pour une durée indéterminée ». Après 31 ans en mer, il évoque « le coup de grâce » et une passion qui « s’éteint lentement, mois après mois, crise après crise ». Cette annonce intervient dans un contexte de forte tension pour la filière, en raison de la flambée des prix du pétrole, liée au conflit au Moyen-Orient. Si l’État a annoncé, vendredi 27 mars, une enveloppe de cinq millions d’euros, correspondant à un remboursement de 20 centimes par litre de gazole marin, l’aide est jugée insuffisante par une partie des professionnels.

Le jour où il n’y aura plus de pêcheurs, les gens boufferont du poisson d’import

Une équation devenue intenable

Joint par téléphone, le marin-pêcheur de 49 ans ne cache pas son exaspération. « On travaille pour rien et les aides de l’État ne sont pas à la hauteur », lâche-t-il. Il décrit une accumulation de charges et une équation devenue intenable : « On est au rendement maximum, pour le bonhomme comme pour le bateau, et, malgré ça, on prend des coups derrière les oreilles. Là, je n’en peux plus », poursuit-il, avec ce franc-parler dont il a l’habitude. Au-delà du carburant, il insiste sur la hausse généralisée des coûts : « On a pris 50 % sur toutes les factures. L’équilibre n’y est plus ». Dans ce contexte, les 20 centimes annoncés par le gouvernement « ne suffisent pas ». Résultat : une activité qui ne couvre plus ses charges, malgré des semaines entières passées en mer. « Je suis parti depuis le 10 février et je viens juste de rentrer à la maison. Le salaire qu’on a, c’est parce qu’on fait un nombre d’heures abominable », rappelle-t-il.

La chaîne halieutique retient son souffle

Son témoignage prend aussi une dimension d’alerte sur l’avenir de la filière. « Il y a un moment où il faut savoir s’ils veulent que les bateaux aillent en mer pour nourrir le peuple ou pas », prévient-il, dénonçant un « entre-deux » intenable. Et d’ajouter : « Le jour où il n’y aura plus de pêcheurs, les gens boufferont du poisson d’import ».

Pour l’heure, le Magellan 2 restera à quai. S’il ne ferme pas définitivement la porte, Sébastien Le Prince pose une condition claire : « Sans des aides à la hauteur, le bateau ne repartira pas ». Dans les ports bigoudens et ailleurs, cette décision pourrait faire tache d’huile car elle illustre le malaise profond d’une profession confrontée à des mutations économiques rapides. Derrière ce cas individuel, c’est toute la chaîne halieutique qui retient son souffle.