Ce terme de lâcher-prise, très à la mode aujourd’hui, ne convient pas tout à fait au docteur Catherine Thomas-Anterion, spécialiste en neurologie à Lyon, chercheuse et membre de l’Observatoire B2V des mémoires. (1). « En dormant, explique-t-elle, nous secrétons des hormones de plusieurs sortes, qui ont pour effet bénéfique de réduire le stress et les risques cardiovasculaires. Si les cycles de sommeil sont parfaitement respectés, alors on se réveille le matin avec un cerveau tout neuf, qui fonctionne mieux que la veille en se couchant. Et donc, oui, le bon sommeil peut tout à fait nous aider à trouver des solutions à des problèmes qui, avant, nous semblaient insolubles. »
Le cerveau ne dort jamais
Un phénomène pas si rare que ça, insiste Catherine Thomas-Anterion : « Selon une étude, 80 % des adultes comptent sur le sommeil pour trouver des solutions à un problème en se couchant, et 40 % d’entre eux y parviennent régulièrement. De fait, dormir ne se limite pas à un simple repos du corps. Nos nuits préparent le cerveau à apprendre, consolident nos souvenirs, améliorent nos compétences et participent à notre mémoire émotionnelle et procédurale. Même nos rêves, souvent perçus comme des images aléatoires, pourraient jouer un rôle dans l’organisation de nos connaissances et stimuler créativité et résolution de problèmes. »
Et elle confirme que l’on apprend réellement en dormant, et suggère même de le rappeler régulièrement aux enfants, aux étudiants. « Eh oui, poursuit la scientifique, les étudiants qui pensent travailler beaucoup et apprendre mieux s’ils font des nuits blanches devant leur ordinateur se trompent. Ils ont tout intérêt à poser leurs travaux avant minuit, à dormir une bonne nuit pour reprendre au petit matin, leur cerveau sera à nouveau en bon état de fonctionnement et ils auront enregistré les apprentissages de la veille. »

Les étudiants devraient plutôt dormir la nuit que bûcher, ils apprendraient plus vite selon les scientifiques
Laurent Theillet
Le sommeil nocturne se déroule sur plusieurs phases, qui toutes sont nécessaires. Ce que l’on nomme le train du sommeil compte cinq cycles, étalés sur sept à huit heures, de quatre-vingt-dix minutes chacun environ. On s’endort puis on entre dans une phase de sommeil lent, qui précède une autre phase de sommeil lent « léger », et enfin, un sommeil paradoxal puis profond.
« La nuit, reprend la neurologue, le cerveau ne dort jamais, il encode de nouvelles informations et consolide les mémoires déjà encodées. Chaque phase joue un rôle distinct et complémentaire dans ce processus, toutes sont nécessaires. Si l’on se pose des questions au coucher, le cerveau poursuit ses recherches… »
Médecin, elle défend la pratique de la sieste, nécessaire selon elle, entre quinze et trente minutes par jour, trois fois par semaine. « Parce que ça consolide la qualité du sommeil, ça améliore l’immunité et la gestion du stress. Selon l’OMS le sommeil est la garantie du meilleur état de santé de l’Homme. »
Rêves et cauchemars
Quid de l’interprétation de nos rêves ? Si les nôtres ne contiennent pas de formules magiques de chimiste, à l’instar de Kekulé, leur signification nous questionne depuis la nuit des temps. La psychanalyse s’est largement penchée sur les réponses, mais au fond que dit la scientifique ? « Les rêves dont nous nous souvenons interviennent pendant le sommeil paradoxal, répond la neurologue, il a pour fonction d’évacuer le stress et les tensions de la journée, d’où parfois, la présence de cauchemars. Nos rêves sont le reflet conscient des réactivations cérébrales correspondant à la mémoire des expériences récentes. »
Souvent les rêves nous échappent au réveil, impossible de les rattraper. « C’est vrai, conclut-elle, car les structures cérébrales impliquées dans l’encodage des souvenirs, voient leur activité fortement réduite pendant le sommeil paradoxal. Sans réveil survenant au bon moment, les contenus des rêves ne peuvent pas être transférés de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme… »