JEAN-MARC BARRERE / Hans Lucas via AFP
Leader des chaînes info depuis plus d’un an, CNews traverse une période de turbulence qui favorise largement ses deux principaux concurrents : BFMTV et LCI.
EN BREF • BFMTV redevient leader des chaînes d’info en mars avec 3,6 % de part d’audience, devant CNews (3,3 %) et LCI (3,2 %), selon Médiamétrie.
• La guerre en Iran et les élections municipales dopent les audiences de BFMTV, en plus d’une matinale redynamisée avec le retour de Pascale de la Tour du Pin.
• CNews pâtit à l’inverse de sa gestion de l’affaire Morandini, de sa couverture contestée du conflit iranien, et du départ de Sonia Mabrouk.
Au terme d’un mois de mars agité par une actualité nationale et surtout internationale intense, l’inversion des rôles dans la guerre des audiences entre BFMTV et CNews a bien eu lieu. Les résultats sont tombés durant le dernier week-end de mars : BFMTV redevient leader avec une part d’audience mensuelle de 3,6 % selon les données partagées ce lundi 30 mars par Médiamétrie. Derrière, on retrouve la chaîne ultraconservatrice de Vincent Bolloré avec 3,3 %. Celle-ci est suivie de très près par LCI avec 3,2 %, tandis que franceinfo ferme la marche, loin derrière, avec 1,2 %.
BFMTV a réalisé ce mois-ci ses meilleurs résultats depuis le mois d’avril 2022. Cela lui permet de relancer l’éternel match des audiences depuis qu’elle s’est fait ravir la couronne par CNews sur l’ensemble de l’année 2025, après de premières incursions au sommet du classement dès mai 2024.
Toutefois, le véritable enseignement de ce mois de mars secoué par la guerre en Iran et par le scrutin des élections municipales est donc l’émergence d’un match à trois, impliquant BFMTV, CNews et désormais LCI, qui s’impose comme un challenger de plus en plus crédible.
BFMTV reprend des couleurs, LCI s’impose
Les clés de ce revirement, qui permet à BFMTV de retrouver le statut de leader pour la première fois depuis décembre 2024 sont multiples. Mais la chaîne détenue par le groupe CMA CGM a pu compter sur sa couverture exigeante de la guerre en Iran, en plus de son dispositif d’envergure déployé pour la campagne des municipales : trois débats lors du premier tour à Marseille, Lyon et Nice et celui de l’entre-deux-tours à Paris autour de Rachida Dati, Emmanuel Grégoire et Sophia Chikirou.
En face, rien ou presque n’a permis à CNews de tirer son épingle du jeu. À l’inverse, LCI s’est appuyée sur son expertise internationale et son expérience de la couverture des conflits internationaux pour grappiller des parts d’audiences, faisant d’elle la chaîne avec la plus forte progression sur un an (de 1,8 % en mars 2025 à 3,2 % en mars 2026).
Dans Le Parisien, le directeur général de LCI Guillaume Debré évoque même l’émergence d’un « réflexe LCI », comme il y a pu y avoir un « réflexe BFMTV » quand celle-ci dominait sans partage le match des chaînes info. Une théorie crédible au regard du nouveau statut de LCI, désormais capable de devancer par moments ses deux principales adversaires, comme ce fut le cas le 12 mars pour la première fois de la saison.
De son côté, BFMTV a aussi réalisé des coups stratégiques payants en redynamisant sa matinale, en perte de vitesse depuis plus d’un an. Résultat ? Le retour de Pascale de la Tour du Pin, associée à Mathieu Coache, a porté ses fruits. Dès le 9 mars, jour du retour de ce visage familier des téléspectateurs de BFMTV (elle a présenté cette même matinale entre 2010 et juin 2017), BFM Première a retrouvé des audiences lui permettant de rivaliser avec CNews sur une tranche horaire qu’elle dominait sans partage quelques années en arrière.
CNews affiche ses limites
Malgré le match à trois qui se dessine, CNews est encore loin d’être enterrée. Les chiffres de la fin du mois de mars le prouvent puisque la chaîne du groupe Bolloré retrouve progressivement un statut de leader, bien aidée par la fin des municipales et l’installation dans la durée du conflit en Iran.
En revanche, la chaîne qui se targuait d’être la leader incontestée des chaînes infos depuis plus d’un an a montré d’inquiétantes limites. D’abord internes avec la gestion catastrophique du cas Jean-Marc Morandini, venu plomber la grille des programmes de CNews et qui s’est conclue par le retrait de l’animateur condamné pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel. Sans oublier le départ fracassant de la présentatrice vedette Sonia Mabrouk, désormais attendue sur BFMTV.
Les limites de CNews se sont aussi confirmées durant les municipales avec un manque d’ambition dans la couverture éditoriale du scrutin, qui servait pourtant de grande répétition générale avant la présidentielle de 2027 pour les chaînes info. La couverture de l’événement politique par CNews a plutôt débouché sur une nouvelle polémique nauséabonde et raciste autour du nouveau maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko. Ce dernier a d’ailleurs annoncé qu’il allait porter plainte contre la chaîne info.
À cela, il faut encore ajouter la couverture discutable de la guerre en Iran par CNews, qui a choisi d’envoyer sur le terrain l’inexpérimenté reporter star du média d’extrême droite Frontières Jordan Florentin. Un manque de crédibilité et de légitimité que l’on retrouve aussi dans le choix des recrues de la chaîne pour évoquer le conflit. Dernier exemple en date ? L’arrivée dans la matinale de Romain Desarbres d’un certain Nelson Monfort, journaliste et consultant réputé pour ses connaissances sportives mais paradoxalement intégré à la matinale de CNews depuis le 24 mars pour parler… résultats des municipales ou tirs de missiles iraniens contre Israël.