Par
Manon Haddouche
Publié le
30 mars 2026 à 19h29
Jusqu’au 3 mai, le MO.CO. Montpellier Contemporain consacre une exposition à l’École des beaux-arts de Montpellier, retraçant près de deux siècles et demi de création artistique. Intitulée « L’École des beaux-arts de Montpellier : une histoire singulière », elle s’inscrit dans la troisième édition de la biennale territoriale SOL ! et propose une plongée dans une aventure artistique aussi locale qu’internationale.
Un partenariat entre deux institutions montpelliéraines
Conçue en partenariat étroit avec le Musée Fabre, l’exposition se déploie à la fois au MO.CO. Montpellier Contemporain et au Musée Fabre. Elle rassemble plus d’une centaine d’artistes issus de l’école, des origines jusqu’aux diplômés récents, révélant les filiations, les ruptures et les libertés qui ont façonné son identité.
« Nous retraçons l’histoire de trois siècles », explique Deniz Yoruc, assistante d’exposition au MO.CO. « Il était important de recréer les liens entre l’école, le MO.CO. et le musée Fabre, parce que l’école est née là-bas avant de rejoindre l’écosystème du MO.CO. ».

Max Leenhardt dans son atelier en train de peindre le portrait de Georges Albenas, 1901, collection privée. (©MH/ Métropolitain)Une biennale pensée comme un projet de territoire
Depuis 2021, la biennale SOL ! met en lumière les artistes et les dynamiques culturelles d’Occitanie. Après une première édition marquée par le contexte du Covid puis une seconde consacrée au passage du Marquis de Sade à Montpellier, cette troisième édition revient aux racines artistiques de la ville. « À chaque biennale, nous choisissons une thématique liée au territoire. Cette fois, c’était une évidence de raconter l’histoire des Beaux-Arts », précise Deniz Yoruc.
Vidéos : en ce moment sur ActuUne circulation artistique
L’exposition dépasse largement les murs du MO.CO. : partenariats avec institutions régionales, galeries associatives, cinéma Utopia ou encore structures artistiques locales comme le FRAC, participent à créer une véritable circulation artistique dans toute la ville. « L’idée était de créer une ambiance artistique à l’échelle de Montpellier, pas seulement une exposition enfermée dans un lieu. »
Aux origines d’une école entre héritage et liberté
Héritière de la Société des beaux-arts fondée en 1779, l’école accompagne depuis ses débuts la formation d’artistes appelés à rayonner bien au-delà du territoire. D’abord intégrée au musée Fabre, elle évolue au fil des réformes institutionnelles avant d’intégrer pleinement, en 2019, l’établissement public MO.CO. Depuis toujours, une tension fertile traverse son histoire : transmettre.
Les élections municipales 2026
Suivez toutes les actualités des municipales 2026 dans une seule newsletter.

Reconstitution dans la partie « Ateliers ». (©MH/ Métropolitain)
« Nous voulions vraiment montrer les notions de filiation et d’émancipation », souligne Deniz Yoruc. « Les étudiants sortent de la même école mais choisissent des chemins artistiques très différents. »
Un travail conjoint avec le conservateur du Musée Fabre
Une chronologie réalisée avec le conservateur du patrimoine au Musée Fabre Matthieu Fantoni, permet de suivre l’évolution de l’école à travers ses directions successives.
Nous avons fouillé les archives municipales et avons découvert des documents incroyables. Certaines photos montrent même les artistes en train de peindre les œuvres que nous voyons aujourd’hui.
Deniz Yoruc
Parmi ces découvertes : un cliché de Max Leenhardt que nous voyons en train de peindre le portrait de Georges d’Albenas, en 1901. Portrait visible lors du parcours d’exposition.
Des oeuvres rarement (voire jamais) exposées
Le parcours mêle œuvres historiques, archives rares et productions contemporaines, dont certaines créées spécialement pour l’exposition. Dessins d’étudiants, documents pédagogiques, photographies d’époque et œuvres majeures dialoguent pour révéler la richesse d’un patrimoine vivant. Parmi les pièces plus rares, on peut notamment admirer un dessin académique de Pierre Soulages, daté de 1941-1942 (son passage à l’école qui aujourd’hui fait partie de la collection du MO.CO.), ainsi qu’une œuvre de 2016 de Jean-Baptiste Durand, l’une picturale et l’autre vidéographique.
Plusieurs salles thématiques
Au MO.CO., le visiteur traverse différentes salles thématiques (l’atelier, le paysage, les mouvements artistiques), où œuvres anciennes et contemporaines se répondent. Au musée Fabre, les œuvres sont disposées dans des espaces des collections permanentes. De quoi les regarder avec un œil neuf.

Grout / Mazéas. (©MH/ Métropolitain)Une école ouverte à toutes les pratiques
Peinture, performance, bande dessinée, cinéma, installation ou création numérique : l’exposition témoigne de l’extraordinaire diversité des parcours issus des Beaux-Arts. « Il y a beaucoup de cinéastes, de performeurs… l’école ne tourne pas uniquement autour des arts classiques », rappelle Deniz Yoruc.
Certaines œuvres invitent même à une expérience plus directe du public (les « Graines de conserves » de Rodolphe Huguet disposées dans le jardin des 5 continents du MO.CO.),. Des pièces en céramique peuvent être approchées, parfois touchées, brouillant la frontière entre public et œuvre. « Il y a un côté interactif assez naturel. Les gens s’approprient les œuvres, et cela correspond bien à l’esprit de l’école. »

« La BM du Seigneur », Pablo Garcia. (©MH/ Métropolitain)Redonner leur place aux artistes oubliées
L’exposition met également en lumière des figures longtemps restées dans l’ombre, notamment plusieurs artistes femmes dont les trajectoires ont été éclipsées par l’histoire officielle. Le travail de Suzanne Ballivet, longtemps réduite à son statut d’épouse d’Albert Dubout, est ainsi redécouvert à travers des dessins audacieux pour leur époque.
Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait beaucoup d’étudiantes, mais que nous ne connaissions pas toujours leurs noms. C’était important de les montrer pour ce qu’elles sont : des artistes à part entière.
Deniz Yoruc
Supports/Surfaces et l’émancipation artistique
Difficile d’évoquer l’histoire récente de l’école montpelliéraine sans mentionner l’émergence du mouvement Supports/Surfaces, l’une des étapes marquantes parmi les nombreuses dynamiques artistiques qui ont traversé les Beaux-Arts dans la seconde moitié du XXe siècle. Autour d’artistes comme Claude Viallat, Daniel Dezeuze ou Vincent Bioulès, Montpellier devient un foyer majeur d’expérimentation artistique.
Nous avons voulu montrer comment les artistes formés par ces maîtres s’émancipent ensuite. C’est exactement cette idée de filiation et d’indépendance.
Deniz Yoruc
Une école en mouvement permanent
Loin d’un regard nostalgique, l’exposition affirme aussi la vitalité actuelle de l’École des beaux-arts. Désormais intégrée au MO.CO. Montpellier Contemporain, elle fonctionne comme un véritable écosystème où formation, production artistique et diffusion dialoguent en permanence.
Pour incarner cette continuité, l’artiste Ganaëlle Maury propose une installation sonore réalisée à partir de captations menées au sein même des ateliers. Les voix des étudiants y racontent le travail quotidien, les questionnements et les aspirations d’une nouvelle génération d’artistes.

Sébastien Duranté, « Chevals ». (©MH/ Métropolitain)
« Ganaëlle Maury a enregistré les voix des étudiants, leurs réflexions, leurs ateliers. L’objet de ces enregistrements était de se demander : avoir 20 ans en 2026, qu’est-ce que cela veut dire pour un jeune qui veut aussi devenir un artiste ? », explique Deniz Yoruc.
De quoi se rappeler que l’histoire des Beaux-Arts ne se contemple pas seulement, mais continue bel et bien de s’écrire, au présent.
> Pratique : l’École des beaux-arts de Montpellier : une histoire singulière, jusqu’au 3 mai 2026. MO.CO. et au Musée Fabre, à Montpellier, du mardi au dimanche, de 11h à 18h. Tarif réduit au musée Fabre sur présentation d’un billet du MO.CO. (et inversement).
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.