Hausse des prix de l’énergie, tensions sur les taux d’intérêt, pressions inflationnistes palpables, risque de rupture des chaînes d’approvisionnement… Le choc que subit l’économie mondiale en raison de la guerre menée contre l’Iran par les Etats-Unis et Israël pourrait bien n’en être qu’à ses débuts.

La situation est suffisamment grave pour que la France qui préside cette année le G7 convoque, ce lundi, une réunion d’urgence, en visioconférence, des ministres des Finances, des gouverneurs de banque centrale et des ministres de l’Energie. C’est « la première fois depuis cinquante ans » qu’un G7 est convoqué dans cette configuration, avait indiqué, la semaine dernière sur RTL, le ministre des Finances français, Roland Lescure.

Appel à éviter les restrictions

Il est vrai que la crise revêt de multiples aspects. « Bien que la guerre puisse modeler l’économie mondiale de différentes manières, tous les scénarios conduisent à une hausse des prix et à un ralentissement de la croissance », a averti lundi sur un blog le Fonds monétaire international (FMI).

Mais, à l’issue de leurs discussions, les ministres du G7 ont seulement réaffirmé leur « ferme engagement à garantir des marchés de l’énergie performants, stables et transparents ».

Saluant la décision de l’Agence internationale de l’énergie de puiser dans les réserves de pétrole de ses membres, à hauteur de 400 millions de barils (un tiers des réserves de ses 32 Etats membres) pour faire face à la crise actuelle, les ministres ont appelé « tous les pays à s’abstenir d’imposer des restrictions injustifiées à l’exportation d’hydrocarbures et de produits dérivés ». Ils ont assuré être « prêts à prendre toutes les mesures nécessaires en étroite coordination avec [leurs] partenaires, notamment pour préserver la stabilité et la sécurité du marché de l’énergie ».

Le FMI et la Banque mondiale saisis

Il faut bien reconnaître que les pays du G7 sont dans l’expectative et peinent à s’accorder pour une réponse unie au regard de ce conflit. Pour y voir un peu plus clair, ils ont demandé au FMI, à la Banque mondiale et à l’OCDE « d’approfondir leur évaluation de l’impact économique » sur les marchés de l’énergie, les chaînes de valeur stratégiques et la sécurité alimentaire. Un rapport doit être élaboré pour les réunions de printemps du Fonds et de la Banque, mi-avril à Washington.

En attendant, la pression sur les cours du pétrole reste de mise, même si le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a assuré que le marché mondial du pétrole est bien approvisionné et que le nombre de navires transitant par le détroit d’Ormuz est en augmentation.

Lundi, le baril du West Texas Intermediate (WTI) qui sert de référence aux Etats-Unis a franchi à nouveau le barre des 100 dollars, à 101,63 dollars, tandis que le baril de Brent de la mer du Nord s’échangeait autour de 115 dollars. Ces tensions se traduisent déjà au niveau des prix à la consommation.

L’inflation pointe

En Allemagne, par exemple, le taux d’inflation s’est hissé à près de 3 % en mars (2,8 %), contre 2 % le mois précédent. Le niveau est de 3,3 % pour l’Espagne alors que les statistiques pour la zone euro sont attendues ce mardi.

Dans un tel contexte, les banquiers centraux ont seulement assuré qu’ils maintiendraient « la stabilité des prix ». « La politique monétaire restera tributaire des données économiques », ont-ils ajouté. Dans ce contexte, il est difficile d’imaginer une baisse des taux d’intérêt directeurs…

Pour l’heure, le G7 ne peut avouer que son impuissance face à une situation mouvante. Donald Trump continue de souffler le froid et le chaud. Lundi, il a de nouveau mis en garde l’Iran, estimant que sans une prochaine ouverture du détroit d’Ormuz, le pays courait le risque de la destruction de ses puits de pétrole et de ses infrastructures électriques tout en faisant état de « grand progrès accomplis » dans les discussions avec un « régime plus raisonnable ».

Dimanche soir, dans une interview diffusée par le « Financial Times », le président américain avait indiqué que les Etats-Unis pourraient « prendre le pétrole iranien », menaçant de saisir l’île de Kharg, cruciale pour les exportations de brut iranien.

VIDEO – Pourquoi l’île de Kharg est si stratégique (et pourquoi Trump la veut)