Passé un certain âge, nous entrons toutes et tous dans le «cycle de la fragilité». La masse musculaire diminue, les défenses immunitaires s’affaiblissent, la démarche ralentit. Une fois ce cycle entamé, la moindre chute ou petite infection peut s’avérer fatale. Jusqu’ici, la médecine n’avait aucune solution contre cet état, évolution biologique naturelle de nos organismes. Mais ça, c’était avant, et des chercheurs ont peut-être trouvé une parade.
La société de biotechnologie Longeveron, basée à Miami, a mis au point le Lomecel-B (ou lomestrocel), qui a tout du traitement révolutionnaire mais est somme toute assez intuitif: on injecte aux patients âgés des cellules souches saines provenant de jeunes donneurs –souvent âgés de 18 à 24 ans. C’est en effet à cette période que les capacités de régénération des cellules sont à leur maximum. Une fois dans le corps, ces cellules agissent comme de véritables sentinelles. Elles repèrent les zones enflammées, envoient un signal à l’organisme et réduisent l’inflammation. Facile.
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Une étude a été menée sur 150 patients dont l’âge allait de 70 à 85 ans, avec comme test principal une marche de 6 minutes. Les personnes ayant reçu le plus de cellules ont marché en moyenne 63 mètres de plus que les autres. Même si cela n’a l’air de rien, cette petite différence joue énormément dans le quotidien d’une personne âgée.
Les chercheurs ont observé une baisse des biomarqueurs de l’inflammation chronique, ainsi qu’une amélioration de la fonction endothéliale (en gros, la capacité des vaisseaux sanguins à bien transporter l’oxygène). Ces personnes sont même passées du statut de «fragile» à celui de «pré-fragile», voire même «robuste». C’est un véritable retour en arrière pour leur condition physique.
L’immortalité n’est pas pour tout de suite
Attention toutefois, nous sommes encore loin d’avoir découvert la cure miracle et le secret de l’immortalité. D’après le docteur Jorge Ruiz, principal auteur de l’étude, cette solution va faire face à deux soucis majeurs. Le premier est logistique: la transplantation de telles cellules nécessite de les prélever chez un nombre énorme de jeunes adultes sous anesthésie, puis de tout transporter.
Le deuxième est économique: la transplantation de toutes ces cellules coûterait beaucoup trop cher aujourd’hui, sans que nous sachions d’ailleurs combien de temps durent les effets de ce procédé. Sera-t-il nécessaire de répéter l’opération tous les ans? Tous les 6 mois?
Ce traitement représente, en lui-même, un nouveau prisme à travers lequel envisager la médecine de nos aïeux. Au lieu de soigner le cœur, le foie ou la prostate, nous pouvons envisager de nous attaquer directement au vieillissement. Comme le dit Joshua Hare, directeur scientifique chez Longeveron, «nous ciblons enfin la racine du problème».
Il y a fort à parier qu’un tel traitement, s’il voit le jour, sera d’abord réservé aux plus fortunés, il faudra donc patienter un peu avant de pouvoir voir des octogénaires courir comme des lapins dans les rues de France.