Une femme d’une quarantaine d’années est morte après une injection d’acide hyaluronique réalisée hors cadre médical à Villeurbanne. Une influenceuse a été mise en examen et placée en détention. Le drame relance les alertes sur l’essor des pratiques clandestines.
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À Villeurbanne, dans la métropole de Lyon, une femme d’une quarantaine d’années est décédée le 20 mars après une injection esthétique pratiquée dans un appartement. Le parquet a annoncé, ce lundi, la mise en examen et le placement en détention provisoire d’une suspecte. Elle est poursuivie pour homicide involontaire et exercice illégal de la profession de médecin.
Selon les premiers éléments, la victime a fait un arrêt cardiaque après l’injection d’acide hyaluronique et de lidocaïne au niveau des fesses. L’enquête se poursuit sous l’autorité d’un juge d’instruction, chargé d’établir les causes précises de la mort.
Une influenceuse mise en cause
D’après plusieurs sources, la personne mise en cause est une influenceuse active sur Instagram, spécialisée dans les soins esthétiques. Elle propose ce type de prestations en dehors de tout cadre médical.
Pour les professionnels de santé, ce drame illustre les risques liés à ces pratiques. Le Syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (SNCPRE) dénonce des actes réalisés par des non-médecins, dans des conditions sanitaires dégradées, et appelle à renforcer les contrôles.
« On ne sait jamais ce qui est injecté »
Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’étend. « On a lancé une alerte en 2022. Au départ, c’était des injections illégales d’acide hyaluronique, puis ça s’est diversifié avec le Botox et maintenant la liposuccion », explique le Dr Adel Louafi, secrétaire général du SNCPRE. « On a dit que ça allait s’aggraver. »
Le praticien décrit des situations de plus en plus graves. «
On ne sait jamais ce qui est injecté. Il y a des anesthésiants, des médicaments, des produits de comblement. Ils ne connaissent pas l’anatomie, ils injectent dans les vaisseaux. On a eu des nécroses des fesses et du visage.
Dr Adel Louafi, secrétaire général du SNCPRE
Des cas lourds sont déjà recensés. « On a eu des victimes d’injections clandestines en réanimation en 2024 et 2025 », poursuit-il.
Un système opaque et lucratif
Derrière ces pratiques, le médecin évoque un système organisé. « Il y a des réseaux mafieux. Certaines patientes ont été menacées de mort », affirme-t-il. Selon lui, les marges sont considérables. « Des produits achetés 50 centimes le millilitre passent en injection à 200 ou 250 euros. »
Le silence des victimes freine les poursuites. « Elles ne portent pas plainte parce qu’elles ont honte », constate le praticien.
À Lyon, une procédure judiciaire vise déjà un centre accusé d’avoir fait des dizaines de victimes, sans fermeture à ce stade.
Un phénomène en hausse
Le Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique évoque un phénomène en hausse. Selon ce collectif, près de 40 % des actes esthétiques ont lieu hors du cadre médical. « Ce drame n’est pas un cas isolé », alertent ses membres, qui pointent un manque de règles claires.
Attirés par des prix bas et des promesses de résultats rapides, certains clients se tournent vers ces offres diffusées sur les réseaux sociaux. Ils s’exposent à des complications graves: nécroses, infections, embolies ou séquelles durables.
Des signalements en forte progression
Les signalements progressent. En 2025, l’Ordre des médecins en recense 213, contre 128 en 2024 et 62 en 2022. Depuis le début de l’année 2026, 28 cas sont déjà signalés. Pour les professionnels, ces chiffres restent en dessous de la réalité.
Entre août et septembre 2024, huit personnes sont admises en réanimation après des injections illégales. Elles présentent des troubles sévères: difficultés à parler, à marcher, à respirer, ou encore une vision altérée.
« Faire appliquer la loi »
Face à cette situation, les médecins demandent des actions concrètes. « Le cadre réglementaire existe. Tant qu’il n’y a pas de plainte et de catastrophe, il ne se passe rien », déplore le Dr Adel Louafi.
Le SNCPRE appelle à une application stricte des règles en vigueur. « Nous ne demandons pas plus de réglementation, mais que les lois soient appliquées. Que le préfet, via les agences régionales de santé ou la DGCCRF, fasse fermer ce type d’établissement », insiste-t-il.
Après ce décès, le débat sur la régulation du secteur revient au premier plan.