Un courtier de Morgan Stanley agissant pour le secrétaire d’État américain a contacté BlackRock en février pour investir dans un ETF spécialisé dans des valeurs du secteur de la défense, quelques semaines avant le début de la guerre déclenchée contre l’Iran. Le Pentagone dénonce une « allégation fausse ».

Un courtier agissant pour Pete Hegseth, le secrétaire américain à la Défense, a tenté de placer plusieurs millions de dollars dans un fonds de BlackRock investi dans de grandes entreprises du secteur militaire peu avant le déclenchement de la guerre contre l’Iran le 28 février, selon le Financial Times, s’appuyant sur trois sources. Cette requête, menée pour le compte d’un responsable politique de tout premier plan, a fait l’objet d’un signalement interne chez BlackRock.

La publication de cette information intervient alors que les mouvements de marchés sont particulièrement scrutés. Des soupçons de délits d’initiés planent autour de la Maison Blanche après des transactions inhabituelles, laissant penser que certaines personnes bénéficiant d’informations privilégiées sur les opérations militaires en cours en ont profité pour s’enrichir.

Dans un communiqué, le Pentagone nie. BlackRock et Morgan Stanley n’ont pas commenté.

« Cette allégation est totalement fausse et fabriquée de toutes pièces. Ni le secrétaire Hegseth ni aucun de ses représentants n’ont contacté BlackRock au sujet d’un tel investissement », a réagi un porte-parole du département de la Défense.

Concrètement, ce courtier de la banque Morgan Stanley a contacté BlackRock au mois de février pour investir dans l’ETF Defense Industrials Active, dont les principaux actifs sont Lockheed Martin (le fabricant des avions de chasse américains), Palantir ou Northrop Grumman. Ce projet d’investissement n’a pas pu aboutir. Le placement concerné n’était pas encore disponible pour les clients de Morgan Stanley, précise le Financial Times.

Le quotidien britannique dit ignorer si Pete Hegseth a pu investir dans cet ETF par un autre moyen. Cela aurait vraisemblablement été un mauvais investissement puisque le fonds concerné a chuté de près de 13% le mois dernier.

Un enchaînement de transactions suspectes

Le lundi 23 mars, entre 6h49 et 6h50 (heure de New York), une poignée de traders a pris des positions massives (580 millions de dollars) et inhabituelles sur le marché pétrolier quelques minutes seulement avant une annonce surprise de Donald Trump à 7h04 ayant provoqué une chute des cours.

D’autres transactions suspectes ont été relevées sur la plateforme Polymarket, qui propose de parier de l’argent sur l’actualité, quelques heures avant l’attaque américaine contre l’Iran. Certaines émanaient de comptes récemment créés et n’ayant misé que sur le sujet iranien, selon une précédente enquête du Financial Times.

Vétéran des guerres d’Irak et d’Afghanistan, Pete Hegseth a été chroniqueur pour la chaîne de télévision conservatrice Fox News avant d’être nommé secrétaire à la Défense des États-Unis lors du retour au pouvoir de Donald Trump, en dépit de l’opposition de nombreux parlementaires américains, y compris membres du Parti républicain. Il a été l’un des plus francs partisans d’une offensive contre l’Iran et dispose d’une influence majeure sur le cours des opérations.

Quelques semaines après son arrivée à la tête du Pentagone, un journaliste du média The Atlantic avait été ajouté par erreur à une conversation de hauts responsables de la sécurité nationale sur la messagerie Signal. Cela avait révélé que Pete Hegseth partageait des informations classées secret-défense sur des messageries privées, au risque de compromettre des informations sensibles et de mettre en danger des personnels américains.