« Au comptage du 3 mars 2026, on a observé de nettes progressions de la fréquentation des cyclistes, dans les deux sens : + 100 % par rapport au 9 mars 2021, + 47 % par rapport au 8 mars 2022, + 26 % par rapport au 18 mars 2025 », décrit Rémi Salembier, de l’association Rayons d’action, sur l’une des seize lignes, aménagées ou en développement, du réseau express vélo de Rennes Métropole.
Ces données ont été collectées à l’antenne de Chantepie, une commune de la première couronne rennaise. Elles reflètent une tendance assez nette alors que près de 70 km des 105 km du premier réseau express vélo (REV) breton ont été réalisés depuis 2022. Par centaines, des habitants ont pris de nouvelles habitudes de déplacements. « Beaucoup ont commencé à réaliser des trajets domicile-travail-études, du quotidien, à vélo parce que ces nouveaux aménagements cyclables leur permettent de circuler, en continu et en sécurité », poursuit le référent « aménagement » de Rayons d’action.
Report de la voiture vers le vélo évalué à 16 %
Rennes fait partie des métropoles françaises les plus avancées, selon une étude réalisée conjointement par l’ONG WWF et la Fédération des usagères et des usagers de bicyclette (FUB). Ce travail porte sur les réseaux en cours de déploiement dans quinze métropoles et estime qu’il serait opportun que quinze autres s’y mettent, dont Brest, pour gommer les fractures cyclables entre les secteurs urbains et périurbains. À Rennes, une fois le REV abouti, l’étude estime à 16 % le potentiel de report modal de la voiture vers le vélo dans l’agglomération.
« On parle là de trajets de 2 à 20 km. Et sur ces trajets, on considère que la bascule vers le vélo pourrait concerner entre 160 000 et 660 000 automobilistes, selon les quinze territoires observés. C’est considérable ! Ces aménagements coûtent six fois moins cher qu’une rocade urbaine et génèrent de réels bénéfices en termes de pollution, de santé, de pouvoir d’achat », commente Axel Lambert, chargé du plaidoyer à la FUB.
Sur une ligne du réseau express vélo entre Rennes et Chantepie, dans l’agglomération rennaise. (Le Télégramme/Bruno Salaün)
L’étude a passé au crible un tas de paramètres. « Si de tels réseaux vélo couvraient les trente premières agglomérations, ça pourrait faire économiser plus de 1 000 € de carburant par an à un million d’automobilistes, ça permettrait d’éviter les émissions annuelles de 450 000 tonnes de CO2. Sans oublier les vertus de l’activité physique sur la santé : l’épidémiologiste Kévin Jean a montré qu’un kilomètre parcouru à vélo génère un euro d’économie pour la protection sociale », argue Axel Lambert.
« Améliorer la densité du maillage cyclable »
Le WWF et la FUB démontrent que ces réseaux seraient à la portée de 70 % des populations qui vivent dans ces territoires. Elles pourraient ainsi se rendre dans la plupart des lieux utiles à leur vie quotidienne. La moitié des habitants, sans alternative à la voiture, y trouveraient une solution. Et les REV joueraient aussi un rôle dans la désaturation de lignes de transport en commun, voire de complémentarité avec celles-ci.
Dans la métropole rennaise, Rayons d’action scrute, mois après mois, le déploiement du réseau vélo, qui comprend une bonne moitié de pistes bidirectionnelles en site propre. L’association salue « les nettes avancées », mais nuance. « Il existe une trentaine de points noirs, en particulier à des intersections entre le REV et des quartiers adjacents. Il faut encore améliorer la densité du maillage cyclable, mais aussi la qualité des aménagements pour rendre les déplacements à vélo plus sécurisés, plus lisibles et visibles, pour les démocratiser », insiste Rémi Salembier.