Le tribunal correctionnel de Bordeaux rend son jugement, mardi, concernant un ex-patron de l’Office des stupéfiants, jugé pour complicité de trafic de drogue, et son principal informateur, poursuivi pour avoir acheminé sept tonnes de cannabis découvertes à Paris en 2015.

D’abord annoncé pour 14H00, le rendu du jugement a été différé à 19H00.

Dans ce dossier « hors norme » qui a conduit à réformer la lutte anti-drogue en France, le parquet a requis la relaxe du commissaire François Thierry et réclamé 20 ans de prison, peine maximale encourue, contre son ancien « indic » Sophiane Hambli, absent au procès car détenu au Maroc.

Une décennie d’enquête, 70 tomes de procédure, près d’un mois d’audience… À partir de cette masse d’éléments, les trois magistrats du tribunal doivent se prononcer sur l’éventuelle responsabilité du policier (58 ans ce mardi), soupçonné d’avoir « favorisé » cet arrivage record au profit de son informateur, un trafiquant chevronné ayant précédemment permis de démanteler des dizaines de réseaux.

« On vous reproche d’avoir aidé ou assisté à la commission d’un trafic par les choix que vous avez opérés », a résumé la présidente du tribunal à l’audience.

– « Piètre image » –

Tout au long des débats, l’ex-patron de l’Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis) a défendu la stratégie « Myrmidon » mise en place pendant son mandat (2010-2016): infiltrer des filières grâce à des « indics », quitte à laisser entrer la drogue sur le territoire, pour ensuite appréhender les têtes de réseau.

Pour l’une de ces opérations, le commissaire avait notamment organisé une garde à vue fictive de Sophiane Hambli en 2012. Il a été acquitté pour ces faits en 2024 à Lyon.

En 2015, une autre de ces affaires conduit les douanes, sur fond de guerre des services, à découvrir, dans plusieurs fourgonnettes boulevard Exelmans (Paris XVIe), la drogue censée être « surveillée » par la police. « Un naufrage opérationnel », a reconnu l’ex-chef de l’Ocrtis à la barre.

« Si on peut estimer que François Thierry a une lourde responsabilité dans le fiasco d’octobre 2015, si j’estime qu’il a donné une assez piètre image de la police et de la lutte contre le trafic de stupéfiants, je ne suis pas convaincu par sa responsabilité pénale », a estimé le procureur dans ses réquisitions.

Dans ce dossier dépaysé à Bordeaux, le parquet avait déjà requis, au terme de l’enquête, un non-lieu concernant le policier. Mais les juges d’instruction l’ont renvoyé devant le tribunal pour complicité de trafic et destruction de preuves.

– « Diable » –

Celui qui dirige désormais le service de la transformation numérique (STN) de la police nationale a-t-il manqué à son devoir d’information de l’autorité judiciaire lors de cette « livraison surveillée »? Lui martèle avoir informé le parquet de Perpignan de l’entrée de la drogue sur le territoire et n’avoir jamais « voulu dissimuler quoi que ce soit ».

A-t-il négligé la surveillance de la cargaison, arrivée du Maroc via l’Espagne, transférée près de Lyon puis en région parisienne? « Quand mes hommes sur place me disent: +c’est trop dangereux (de surveiller)+, j’ai tendance à les croire! », a lancé le commissaire, avançant également un manque d’effectifs.

A-t-il, enfin, franchi « les limites » dans sa relation avec son informateur ? Le policier a nié tout « affect » envers lui et plaidé la nécessité de s’en remettre à des sources sulfureuses pour obtenir des renseignements précieux.

« Je comprends que ça pose des questions, ça nous en pose en permanence. Vous avez l’impression de partager votre cuillère avec le diable », a résumé François Thierry.

Sophiane Hambli (50 ans) soutient, lui, n’avoir été que le simple « logisticien » d’une opération validée par l’Ocrtis, et non le « commanditaire » d’une livraison dont l’ampleur fait débat: entre 12 et 40 tonnes, 15 ayant été saisies entre Paris, Ancenis (Loire-Atlantique) et la Belgique.

Quinze autres prévenus seront fixés mardi dans ce dossier très médiatique qui a inspiré un film et plusieurs livres: le parquet a notamment requis 10 ans de prison contre Hakim Hambli, frère de Sophiane, ou contre « Grincheux », ex-« homme à tout faire » du trafiquant.

En outre, l’avocate des douanes a réclamé 33 millions d’euros d’amende douanière à l’encontre de neuf des prévenus.

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