Débrouillez-vous seuls. C’est en substance le message que Donald Trump a adressé aux pays alliés de l’Amérique, ce mardi matin, alors que la guerre qu’il a déclenchée en Iran, il y a un peu plus d’un mois, fait de plus en plus de dégâts dans l’économie mondiale.

« Il va vous falloir apprendre à vous battre par vous-mêmes ; les Etats-Unis ne seront plus là pour vous venir en aide, tout comme vous n’avez pas été là pour nous », a-t-il écrit sur Truth Social, en visant « tous ces pays qui ne parviennent pas à s’approvisionner en carburant d’avion en raison du détroit d’Ormuz » – cette voie de passage essentielle pour les hydrocarbures, que l’Iran bloque.

Ormuz livré à son sort

Le président des Etats-Unis cite en particulier le Royaume-Uni, « qui a refusé de s’impliquer dans la décapitation de l’Iran ». Le « Financial Times » indique ce mardi matin que la dernière livraison de carburant pour avion du Moyen-Orient doit arriver cette semaine dans le pays. Avec 40 % de son carburant d’aviation issu de la région, l’Europe doit s’attendre à un bond du prix des billets d’avion.

La « suggestion » de Donald Trump pour ces pays qui vont manquer de pétrole : « Un, achetez-le aux Etats-Unis ; nous en avons plein. Deux, faites preuve d’un courage tardif, rendez-vous dans le détroit et allez simplement le prendre. »

Ça ne sera pas si facile. D’ailleurs, même la formidable armada américaine ne s’y est pas risquée, alors qu’au début de la guerre, Donald Trump avait promis d’escorter les tankers tout au long du détroit. Il faudrait déployer énormément de moyens, sur mer et dans les airs, pour un coût disproportionné et avec un risque non négligeable de sauter sur une mine.

Une vingtaine de pays, dont la France, le Canada, le Japon, l’Australie, se sont engagés à « contribuer à des efforts appropriés pour assurer un passage sûr à travers le détroit », il y a une dizaine de jours. Mais personne ne veut s’y risquer tant que l’Iran monte la garde.

VIDEO – Le blocage du détroit d’Ormuz pourrait coûter très (très) cher

Pour l’instant, le régime islamique fait donc la loi dans le détroit, en laissant passer au compte-goutte les navires amis, chinois ou pakistanais. Le Parlement de Téhéran vient de voter une loi pour mettre en place un péage. Il n’y en avait pas avant la guerre, mais le régime des mollahs a réalisé le pouvoir dont il disposait et c’est désormais l’une de ses conditions pour un cessez-le-feu.

La philippique de Donald Trump semble confirmer les informations du « Wall Street Journal ». Le président aurait signalé à son entourage qu’un détroit fermé ne l’empêcherait pas de mettre fin à sa guerre. Tenter de rouvrir Ormuz risquerait de prolonger la guerre au-delà de son calendrier de « quatre à six semaines ».

Cette histoire de détroit d’Ormuz n’est pas le problème des Etats-Unis.

Pete Hegseth, secrétaire américain à la Guerre

Les Etats-Unis se contenteraient donc de détruire les stocks de missiles de l’Iran après avoir déjà annihilé sa marine militaire. Ils pourraient éventuellement lancer une opération terrestre pour récupérer l’uranium enrichi. Puis ils tourneraient les talons.

Ce mardi, en conférence de presse, le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a effectivement signalé que l’objectif du Pentagone était de détruire les missiles, les drones, la marine de l’Iran, tandis que « cette histoire de détroit d’Ormuz n’est pas le problème des Etats-Unis d’Amérique ».

Au passage, ce mardi, Donald Trump envoie une flèche à la France, un autre allié européen qui va souffrir des pénuries de kérosène. « La France n’a pas autorisé les avions à destination d’Israël, chargés de matériel militaire, à survoler le territoire français. La France s’est montrée très peu coopérative concernant le ‘boucher de l’Iran’, qui a été éliminé avec succès ! Les Etats-Unis s’en souviendront !!! » menace-t-il dans un autre message.

Cette guerre a été lancée à l’initiative conjointe des Etats-Unis et d’Israël, sans que l’Otan ou les alliés aient été consultés. Ils n’ont d’ailleurs pas voulu s’y associer. Le Royaume-Uni ou la France sont venus défendre leurs bases dans le Golfe, car elles étaient attaquées par l’Iran. Paris a accepté que des avions militaires américains se posent à Istres, mais uniquement pour des missions de défense et non d’attaque. L’Espagne a fermé son espace aérien aux avions de guerre américains, et l’Italie ne les a pas autorisés à se poser sur une base en Sicile.

« Un test » de loyauté

Donald Trump a exprimé à plusieurs reprises sa rancoeur contre l’Otan, qui n’a pas volé au secours des Etats-Unis. Il a assuré ne pas avoir besoin de son aide mais a signalé que c’était « un test » de loyauté. Il dit ne pas voir l’intérêt de faire partie de cette alliance militaire, si elle ne sert qu’à protéger l’Europe.

Les Etats-Unis ne peuvent cependant pas complètement ignorer leurs alliés. Sur le plan militaire, les bases américaines en Allemagne, entre autres, sont stratégiques. En termes économiques, un blocage durable du détroit d’Ormuz aurait des conséquences pour toute la planète, et pas seulement pour les importateurs de gaz et de pétrole.

Mardi, le baril de Brent coûtait 118 dollars et les prix à la pompe aux Etats-Unis ont dépassé 4 dollars le gallon, pour la première fois depuis l’invasion de l’Ukraine. Donald Trump a des raisons de vouloir mettre fin rapidement à cette guerre, mais la sagesse voudrait qu’il remette un peu d’ordre avant de partir.