« En 2015, les autorités avaient intérêt à cette procédure pour pouvoir requalifier le quartier. Mais ça a eu un coût humain élevé : des femmes qui avaient eu des histoires de vie très dures ont passé des mois en détention provisoire. L’une d’elles a perdu un enfant quand elle était en prison. Aujourd’hui, celles qui sont encore vivantes vivent avec des retraites de misère. »
En regardant dans le rétroviseur, près de onze ans après le coup de filet qui a mis fin à l’ère sulfureuse des bars américains du quartier de l’Opéra, l’avocate d’une des treize femmes jugées pour proxénétisme aggravé laisse échapper un soupir désabusé. À la barre, comme la veille, treize gérantes et barmaids aujourd’hui âgées de 49 à 79 ans poursuivent dans un langage fleuri leurs récits tristes. En creux, ceux de vies abîmées par l’époque et la loi des hommes. On y rencontre une patronne qui se suicide dans un de ses bars, des clients alcoolisés et violents… « Une fois, une fille a donné un coup de tête à un gars collant », raconte Thérèse, 76 ans, ancienne cogérante de la Grange, un établissement décati de la rue Glandeves. Cette mère, grand-mère et arrière-grand-mère maintient contre vents et marées qu’il n’y a…