Docteur en sociologie à l’Université de Strasbourg, Mustafa Ouseghir a étudié les parcours de jeunes radicalisés djihadistes pris en charge par les services de la protection judiciaire de la jeunesse en Alsace. Il explique comment on entre et on sort de la spirale de la violence.
Anne Frintz
Publié le 1 avril 2026 ·
Imprimé le 1er avril 2026 à 06h29 ·
8 minutes
Mustafa Ouseghir a soutenu sa thèse en novembre 2025 à l’Université de Strasbourg, à la suite de deux stages de six mois effectués en 2017 et 2019 au sein des services de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Ses travaux, qui ne seront publics qu’en 2075, portent notamment sur les parcours biographiques de jeunes djihadistes radicalisés suivis en Alsace par les professionnels de la PJJ.
Discriminés, parfois harcelés avant leur radicalisation, les jeunes sont en rupture plus ou moins marquée avec leur famille et méconnaissent son histoire. Les éducateurs spécialisés vont tâcher de transmettre une série de ressources et de valeurs et œuvrer à la réactivation des liens affectifs pour que les jeunes rejettent la violence djihadiste et se réinsèrent.
Rue89 Strasbourg : Quelles conditions favorisent une radicalisation islamiste violente, djihadiste ?
Mustafa Ouseghir : J’ai identifié plusieurs facteurs pouvant induire un processus d’entrée dans la radicalisation. La question de la transmission de l’histoire familiale est essentielle. J’ai rencontré des enfants et des jeunes radicalisés, âgés de 14 à 23 ans, qui avaient très peu d’informations sur l’histoire intergénérationnelle de leur famille, au moment où ils ont commencé à se radicaliser. Pour les enfants d’immigrés, j’ai aussi relevé un rejet de la culture des parents.
Sur les plans socio-économique et professionnel, les jeunes étaient issus de familles des classes moyennes ou populaires, ouvrières. Globalement, ce sont des familles, dans lesquelles les parents travaillent beaucoup et, parfois, avec des horaires décalés ou pendant les week-ends. Ils font des heures supplémentaires pour répondre aux besoins matériels de leurs enfants. Cette forte implication professionnelle des parents raréfie leur présence au quotidien auprès des jeunes. Il y a ainsi moins d’interactions entre les membres de la famille donc moins de transmission, de partage d’expériences, d’accompagnement, de soutien, d’écoute des besoins des jeunes, notamment au sujet de leurs projets scolaires ou socioprofessionnels.
Un terreau de traumas anciens
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