Stephan Steinlein, l’ambassadeur d’Allemagne en France sera présent à Montpellier pour l’ouverture de la Quinzaine franco-allemande en Occitanie qui, pour sa huitième édition, se déroulera du 2 au 16 avril.

Pour ouvrir la Quinzaine franco-allemande (*), vous interviendrez lors d’une table ronde sur le Triangle de Weimar. Quels sont, en 2026, les enjeux pour cette coopération entre la France, l’Allemagne et la Pologne ?

L’histoire de nos trois pays est marquée par des moments extrêmement difficiles, des périodes sanglantes, en particulier au XIXe et XXe siècle. Et ils portent une responsabilité particulière pour l’avancement du projet européen. On est aujourd’hui confrontés à une guerre en Ukraine, proche de la Pologne et de l’Allemagne. Soutenir l’Ukraine, c’est aussi agir pour défendre notre sécurité et nos valeurs communes. Nos trois pays portent une responsabilité particulière pour la défense de la démocratie. Dans le cadre du Triangle de Weimar, on coopère aussi dans la lutte contre la désinformation, surtout en provenance de la Russie.

Un mot plus personnel : j’ai eu la chance de passer trois ans en Pologne. Je connais le pays. Je viens personnellement de l’Allemagne de l’Est, et pour nous, Allemands de l’Est, les expériences des Polonais, leurs luttes pour la démocratie, étaient très importantes. Ce fut le premier pays à se libérer du joug du communisme. Et ça nous a inspirés, nous, les gens proches de l’opposition en RDA, à travailler ensemble, avec les Polonais, pour la liberté en Europe.

La relation entre la France et l’Allemagne, qui a ses moments difficiles, reste-t-elle plus vitale que jamais ?

Absolument. La coopération entre la France et l’Allemagne est la condition sine qua non pour l’avancement de notre projet européen, la défense de nos libertés, de nos valeurs, de la démocratie, et pour nous protéger aussi contre les influences de l’extérieur qui veulent s’y attaquer. Un sondage récent montre que 80 % des Allemands font confiance aux Français et à la France. C’est quand même un chiffre énorme ! Ça montre à quel point nous travaillons ensemble, à quel point les Allemands ont confiance dans les Français.

Il faut défendre nos intérêts communs dans un monde de prédateurs, tout en ne pas devenant des prédateurs nous-mêmes, parce que l’Europe, c’est un projet de paix, c’est un projet de coopération. Et il faut défendre ce cadre-là, qui a garanti la paix sur notre continent.

En quoi, selon vous, la Quinzaine franco-allemande en Occitanie peut-elle aider à renforcer ces liens ?

Je suis plein d’admiration pour les organisateurs de la quinzaine. Cet événement unique montre que l’échange entre la France et l’Allemagne ne va pas se tenir seulement au niveau des capitales et des élites, mais entre des citoyens de tous bords. La Quinzaine, dans un cadre où des gens issus de milieux variés peuvent échanger sur de nombreux sujets, est un bon exemple de la mobilisation de la société civile.

Carle Delga : « Préparer l’avenir »

Carole Delga, présidente de la Région Occitanie (partenaire de la Quinzaine), estime qu’ »avec cet événement, nous affirmons que l’Europe est une réalité concrète et une chance, en particulier pour nos jeunes. Son avenir s’écrit dans nos territoires, grâce à l’engagement de celles et ceux qui y vivent, y travaillent et y investissent. Dans un contexte marqué par des tensions internationales croissantes, l’unité est plus essentielle que jamais. Face aux défis politiques, écologiques et économiques qu’elle rencontre, renforcer la coopération entre Européens est une nécessité pour défendre notre modèle et préparer l’avenir. À travers cette Quinzaine, l’Occitanie illustre pleinement la force du partenariat franco-allemand ».

Lors de votre nomination en France, vous aviez affirmé : « Un bon ambassadeur est avant tout un facilitateur ». Vous le pensez toujours ?

Il faut qu’un ambassadeur soit un facilitateur. Aujourd’hui, il y a beaucoup de contacts directs entre les capitales. C’est excellent. Nos dirigeants se rencontrent souvent, mais toujours de façon ponctuelle. Et pour avoir une vision plus profonde, pour mieux comprendre la société, et, aussi, les motivations des partenaires, je pense qu’il faut avoir quelqu’un sur place qui essaie aussi d’être une sorte de traducteur pour son propre pays. Pour moi, et pour mon collègue François Delattre à Berlin, je pense donc que notre rôle reste celui d’un facilitateur, mais aussi d’un traducteur. C’est extrêmement important.

Si la coopération entre la France et l’Allemagne devait évoluer, s’améliorer, dans quels domaines cela s’avérerait-il nécessaire ?

De façon plus globale, je pense que nos sociétés ont besoin d’innovation, et ont besoin d’apprendre l’une de l’autre. L’Allemagne et la France sont confrontées aux mêmes problèmes, aux problèmes du vieillissement de la société, du changement climatique, de logement… Et il faut travailler ensemble à des solutions communes, par la recherche et l’innovation. Pour cela, le contact entre citoyens et citoyennes est primordial. C’est un enjeu majeur pour garantir la cohésion de nos sociétés dans l’avenir.

(*) Y participeront, à l’université de droit de Montpellier, outre Stephan Steinlein, l’avocat et ancien ministre Matthias Fekl, et Pierre-Frédéric Weber, consul honoraire de France à Szczecin (Pologne), professeur à l’Université de Szczecin.