Cet OHM-là n’a rien à voir avec l’unité de résistance électrique, quoique. L’Observatoire Hommes Milieux Fessenheim est né en 2018 pour étudier les conséquences environnementales, économiques et sociales de ce que les chercheurs nomment « l’événement fondateur ». En l’occurrence la décision, actée par le conseil d’administration d’EDF le 6 avril 2017, de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim.

L’étude, inédite s’agissant de la première fermeture d’une centrale nucléaire en France et de son démantèlement total, est prévue pour durer jusqu’en 2040. « Autrement dit, sur une période où la centrale va devenir technocentre, puis disparaître complètement du paysage, le démantèlement achevé », souligne le géographe Dominique Badariotti, enseignant chercheur à l’Université de Strasbourg, membre de l‘équipe « Dynamique urbaine, Risques et Mobilité » du Laboratoire Image, Ville, Environnement et directeur de l’OHM Fessenheim.

Données concrètes

Quelles répercussions aura cette déconstruction, et pas uniquement mémorielle ? Depuis huit ans, une quinzaine de chercheurs œuvrent au sein de l’observatoire. Et apportent de premiers éléments de réponse grâce aux données collectées dans un rayon de 30 km autour de la centrale.

« Sur l’environnement, nous disposons déjà de données concrètes. À commencer par la circulation : il y a tout simplement moins de gens qui viennent travailler sur le site aujourd’hui. Nous avons aussi constaté le peu de rejet de radionucléides dans l’environnement. Nous étudions la thermographie des eaux du Rhin, l’arrêt des rejets d’eau chaude aura peut-être des effets sur la biologie du milieu aquatique. Nous analysons aussi la faune, en particulier la longueur des télomères (l’extrémité d’un chromosome, sorte de témoin d’un capital biologique, N.D.L.R.) chez les passereaux », détaille Dominique Badariotti.

L’impact environnemental le plus important est à venir avec le démantèlement

Dominique Badariotti

« Bien sûr, nous allons aussi suivre l’impact environnemental du démantèlement. La méthode choisie sera déterminante, autant sur l’environnement, avec les poussières par exemple, qu’en termes de coût. Comme nous n’avons pas accès à la centrale, nous avons créé son jumeau numérique pour étudier le cycle de vie des matériaux par exemple. »

La question de la transition énergétique est aussi au cœur des travaux de l’OHM Fessenheim. « La décision de fermer la centrale a été prise avant la guerre en Ukraine. Mais cette crise a tout changé. Il n’y a pas eu d’effet rebond pour les énergies vertes et l’Alsace est passée d’exportatrice d’électricité à importatrice », relève Dominique Badariotti.

Conséquences politiques

« Sur l’axe sociétal, le territoire n’est pas devenu une zone sinistrée : l’emploi est toujours présent, même si sa structure a été modifiée avec moins de postes disponibles et moins bien payés. Il n’y a pas eu de crise immobilière non plus. En revanche, la décision a eu des conséquences d’ordre politique : elle a provoqué des tensions entre ceux qui étaient pour continuer et ceux qui ne voulaient pas. Et comme dans les années quatre-vingt, quand la centrale est devenue le symbole de la lutte antinucléaire, plus on s’éloigne du site, plus on est contre. »

Quelle sera la trajectoire du territoire, comment va-t-il se recomposer ? L’histoire s’écrit au quotidien, sous la loupe des chercheurs de l’OHM Fessenheim. Rendez-vous dans 20 ans pour la restitution finale.