Auprès du Financial Times, la ministre de l’Économie Katherina Reiche a déploré la dépendance de l’Allemagne au gaz et estime que le gouvernement devrait « s’intéresser » à nouveau à l’énergie nucléaire.
Outre-Rhin, la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences sur les prix de l’énergie relancent le débat sur la vulnérabilité de l’Allemagne. Alors que l’Europe subit son deuxième choc énergétique en moins de cinq ans, Berlin multiplie depuis plusieurs semaines les signes laissant à penser que le pays pourrait reconsidérer sa position sur le nucléaire auquel il a officiellement renoncé en 2011.
Si cette décision a permis à l’Allemagne d’accélérer le recours aux renouvelables, elle a aussi accru sa dépendance au gaz pour produire de l’électricité, comme l’a reconnu la ministre de l’Économie Katherina Reiche lors d’une conférence auprès d’investisseurs internationaux: « Nous avons besoin de gaz pour garantir notre approvisionnement – c’est la seule source d’approvisionnement de base qui me reste. Politiquement parlant, je n’ai pas d’alternative », a-t-elle admis auprès du Financial Times.
Le quotidien économique rappelle que les prix du gaz en Europe ont bondi de plus de 60% depuis le début de la guerre en Iran tandis que les prix des contrats à terme pour l’électricité en Allemagne pour le mois de mai sont actuellement quatre fois plus élevés qu’en France, premier producteur européen d’électricité nucléaire. Un « fardeau supplémentaire considérable pour les industries énergivores » allemandes, a regretté Katherina Reiche.
Les prix du gaz pour les particuliers étaient eux 79% supérieurs au second semestre 2025 à ceux de 2021, avant le début de la guerre en Ukraine, et les prix de l’électricité ont augmenté de 23% sur la période.
« Quiconque reste en marge (…) perd de l’influence »
De quoi inviter Berlin à repenser sa stratégie énergétique en reconsidérant l’atome: « Nous pouvons décider que cela ne nous intéresse pas. Dans ce cas, nous restons fidèles au gaz et devenons plus dépendants d’une seule source d’énergie. Ou bien nous pouvons dire que nous nous intéressons à nouveau à la technologie », a encore déclaré Katherina Reiche.
La ministre a ainsi estimé que l' »expertise en ingénierie » de l’Allemagne devait être « représentée au sein des comités internationaux et, si nécessaire, nous devons également être prêts à investir en Europe, et ne pas nous opposer aux autres pays qui souhaitent emprunter cette voie (celle du nucléaire) ».
« Quiconque reste en marge et se contente de commenter perd de l’influence. Il faut être sur le terrain pour jouer », a-t-elle ajouté.
French Tech : Stellaria développe un mini réacteur nucléaire – 26/02″Grave erreur stratégique »
Le revirement progressif de l’Allemagne sur la question de l’énergie nucléaire a en réalité commencé depuis plusieurs mois. En mai 2025, Berlin avait notamment renoncé à s’opposer aux efforts de la France pour que l’énergie nucléaire soit traitée sur le même pied d’égalité que les renouvalbles.
Quelques mois plus tard, le chancelier Friedrich Merz qualifié le renoncement à l’énergie nucléaire de « grave erreur stratégique » tout en le considérant comme « irréversible ». Dit autrement, l’Allemagne n’entend pas remettre des centrales nucléaires en service mais le gouvernement s’est montré favorable aux petits réacteurs modulaires (SMR) ainsi qu’aux recherches sur le fusion nucléaire.
En attendant, Friedrich Merz a déclaré ce vendredi que l’Allemagne pourrait être contrainte de maintenir plus longtemps que prévu en activité ses centrales électriques à charbon si la guerre au Moyen-Orient se prolongeait et provoquait des pénuries. « Nous devons alimenter ce pays en électricité. Je ne suis pas prêt à mettre en péril le coeur de notre industrie simplement parce que nous avons opté pour des plans de sortie qui sont devenus irréalistes », a déclaré le chancelier.