TÉMOIGNAGE (4/6) – La mannequin internationale est la directrice artistique du légendaire club Bus Palladium, dans le 9ᵉ arrondissement de Paris, reconverti aujourd’hui en luxueux hôtel.

Caroline de Maigret est ambassadrice de Chanel depuis 2016 et productrice de musique. Elle a été photographiée par Peter Lindbergh et adoubée par Karl Lagerfeld. Elle a formé un groupe de musique, « Cala San », avec le chanteur Alexandre Diani. Caroline de Maigret est née en 1975. Elle est la petite-fille de l’ancien ministre Michel Poniatowski et la fille de l’ex-député de la Sarthe Bertrand de Maigret. Elle a un fils avec le musicien Yarol Poupaud. Caroline de Maigret a coécrit, avec notamment Anne Berest, le best-seller « How to be Parisian wherever you are » (2014). La mannequin internationale est la directrice artistique du légendaire club Bus Palladium, dans le 9ᵉ arrondissement de Paris, reconverti aujourd’hui en luxueux hôtel avec, au sous-sol, une salle de concert. Caroline de Maigret est une drôle de fille douée : un sourire, une allure, une frange.

« Mon style est venu par accidents vestimentaires. Un jour, j’étais allée à l’université avec les vêtements de mon frère, simplement parce que j’étais tombée dessus, et, devant la réaction des gens, j’ai pris conscience que j’avais trouvé quelque chose qui m’allait, qui correspondait à ma personnalité. En matière de mode, il faut explorer. Dans la vie, j’aime apprendre de nouvelles choses. Quand j’étais jeune, j’admirais Simone de Beauvoir, Françoise Sagan, Simone Veil pour leur audace et leur indépendance. Je cherche la liberté parce que je suis consciente que je ne suis pas toujours libre.

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J’ai été confrontée à mon physique d’une double manière : on m’a demandé dans la rue, à 17 ans, d’être mannequin et après, rapidement, on m’a proposé de me refaire le nez. Je me suis alors rendu compte que j’avais un grand nez. Dans les années 90, on ne s’observait pas autant qu’aujourd’hui car les selfies n’existaient pas. Adolescente, je faisais simplement attention à ce qu’il ne me reste pas du dentifrice sur le coin de la bouche.

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« Je m’amuse à composer avec les défauts de mes proches »

J’ai le sourire facile. C’est une manière d’accueillir les autres. Les rencontres sont précieuses. On se découvre des atomes crochus avec quelqu’un qui peut vous entraîner dans de nouvelles directions. L’amitié est ce qui est, ce qui reste, ce que l’on construit. C’est un des piliers de ma vie. J’ai des amis depuis l’école et aussi des amis récents. Je m’amuse à composer avec les défauts de mes proches. Dans l’amour et dans l’amitié, je n’attends rien de l’autre. Tout ce qui vient est en plus. Je ne peux pas dire ce que l’avenir me réserve, mais je pense que l’on noue des liens forts jusqu’au bout. La phrase que je n’oublierai jamais parle aussi des années qui s’écoulent.

Je me souviens d’une photo de famille que l’on venait de prendre. En la voyant, j’ai lâché que j’avais une tête pas possible dessus. Ma tante, du côté de ma mère, m’a alors dit une phrase qui continue de m’accompagner : « Profite de la tête que tu as maintenant car c’est celle que tu regretteras dans dix ans. » Je n’oublierai pas cette phrase car elle est d’une lucidité implacable et qu’elle a résonné en beaucoup d’endroits en moi. On est le plus mauvais témoin de sa propre vie. Quand on regarde un album de photos, on se regarde avec une douceur que l’on ne s’est pas autorisée à l’époque. C’est une phrase sur l’apparence, le temps qui passe, mais aussi sur la sévérité que l’on a souvent vis-à-vis de soi-même. Le propos est drôle et doux. Il me colle aux basques depuis longtemps. Ma tante a parlé de « tête » et non de « visage » car il ne faut pas attendre de se sentir légitime pour faire ce que l’on a envie de faire. Il faut apprendre et se nourrir de son expérience.

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La phrase de ma tante nous rappelle que l’on doit s’envisager avec une certaine aménité. Ses mots portent comme une tendresse différée car la femme que je serai dans dix ans me considère et me rassure : « ça va ». Quand j’étais adolescente, je me posais mille questions. Je me projetais dans le futur et je vivais le présent comme quelque chose d’imparfait. Demain serait forcément meilleur. Alors, ces mots soulignent que la version de toi que tu attends, tu l’es peut-être déjà. C’est une leçon d’indulgence. »