Ils travaillent pour Uber ou Deliveroo : les livreurs et coursiers, à vélo ou scooter, employés par des plateformes et dont les conditions de vie sont très difficiles, font l’objet d’une enquête qui vient d’être publiée. « Cette étude santé-course est la première à documenter à grande échelle l’état de santé et les conditions de vie et de travail des livreurs en France », selon Médecins du monde (*). Au total, 1 000 livreurs parisiens et bordelais ont été interrogés.

 

« Leur état de santé global s’est dégradé depuis le début de leur activité »

 

Les chiffres sont édifiants : 45 % des livreurs enquêtés se trouvent en situation de détresse psychologique.  La pénibilité de leur travail et le modèle social de leurs employeurs est au coeur de cette souffrance. En moyenne, ils travaillent 63 heures par semaine et gagnent moins de 1000 euro nets chaque mois. Et près de la moitié des livreurs estime que leur état de santé global s’est dégradé depuis le début de leur activité.

Face à ce constat terrible, des Maisons des livreurs ont vu le jour ces dernières années, à l’instar de Paris, Bordeaux, Grenoble ou Bruxelles. Nantes vient de leur emboîter le pas.

Il y a quelques mois, une Maison des livreurs a été créée à l’atelier Dulcie September, un lieu « ressource » qui offre, lors de permanences assurées une fois par semaine, une aide psychologique ou administrative à ces travailleurs précaires. Pour l’heure il s’agit d’un lieu temporaire, mais la nécessité de pérenniser la structure ne fait aucun doute, pour Sarah Deville, co-présidente de la Maison des livreurs de Nantes. 

 

« Un lieu pour se mettre à l’abri de la pluie, prendre un café… »

 

« C’est un projet qui a vocation à ouvrir un lieu (pérenne) à Nantes et qui pourrait accueillir les livreurs sur leur temps de pause. En fait, c’est un lieu de répit et d’accueil pour les livreurs pour qu’ils puissent retrouver des conditions de travail dignes, c’est-à-dire pouvoir venir se mettre à l’abri de la pluie, accéder à des sanitaires, prendre un café, juste prendre un temps de pause… Parallèlement à ça, c’est aussi un lieu qui leur est donné pour accéder à leurs droits avec l’accompagnement de travailleurs sociaux sur place qui peuvent les aider dans les démarches administratives, juridiques, sociales, quand ils ont besoin. »

Afin d’aiguiller les travailleurs des plateformes, des permanences sont assurées chaque vendredi après-midi, de 14h à 17h. L’objectif est clair, leur redonner un peu de dignité et leur permettre d’étudier d’autres perspectives, selon Sarah Deville. « On s’est rendus compte que ce sont des travailleurs extrêmement précaires de par leur statut parfois administratif, juridique, mais aussi par le fait que les plateformes qui les emploient ne respectent pas leur charge d’employeur et les conditions de travail.

 

Les aider à s’émanciper de ces plateformes

 

En fait, ils se précarisent de plus en plus et l’idée est de mettre ce lieu au centre de Nantes pour pouvoir leur redonner des conditions de travail dignes, mais surtout pour les accompagner dans l’accès à leurs droits, dans la défense de leurs droits et pour les aider à s’émanciper potentiellement de ces plateformes ou à trouver des solutions alternatives ou au moins faire valoir leurs droits ».

La Maison des Livreurs recrute

 

L’association est à la recherche d’une structure pérenne, afin de proposer ces permanences cinq jours sur sept. Elle compte recruter deux salariés pour accompagner aux mieux les bénéficiaires, un travailleurs social sera recruté au mois de mai, et un autre en fin d’année.

La Maison des livreurs de Nantes cherche aussi activement des bénévoles pour l’aider à assurer ses maraudes, en ville.

Selon une étude, il y avait plus de 3500 livreurs sur le territoire nantais entre 2016 et 2024.

 

(*) Les résultats de cette étude seront présentés le jeudi 9 avril lors de la Journée Scientifique de Médecins du Monde qui a lieu à Paris.