- Un attentat a été déjoué dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 mars devant les locaux de la Bank of America à Paris.
- Cinq personnes ont été interpellées et placées en garde à vue depuis.
- À l’issue des mesures, le Parquet national antiterroriste révèle ce qu’ont démontré les investigations.
Un drame évité de peu. Six jours après qu’un attentat a été déjoué devant les locaux de la Bank of America situés 51, rue de la Boétie, près des Champs-Élysées à Paris, le Parquet national antiterroriste (Pnat) annonce dans un communiqué l’ouverture d’une information judiciaire pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».
Dans un communiqué, il détaille de très nombreux éléments sur cette affaire dans laquelle cinq suspects, trois mineurs et deux majeurs, ont été interpellés avant que l’un d’eux ne soit finalement mis hors de cause à ce stade.
TF1info fait le point sur ce qu’ont pu établir les enquêteurs de la section antiterroriste de la brigade criminelle de la police judiciaire de Paris et à la direction générale de la sécurité intérieure au cours des gardes à vue qui viennent de se terminer.
Une vidéo visant la communauté juive en France et en Europe
AInsi, le Pnat révèle ce mercredi que quelques jours avant les faits, une menace visant la France avait été détectée. Le lundi 23 mars 2026 précisément, les services de police avaient été informés de la diffusion sur les réseaux sociaux d’une « vidéo de propagande émanant du groupe pro-Iranien HAYI pour ‘Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiyya’ (Mouvement des Compagnons de la Main Droite de l’Islam), visant les intérêts et la communauté juive en France et en Europe, ciblant spécifiquement le siège français de l’établissement Bank of America, situé rue de la Boétie à Paris ».
Des surveillances mises en place et des suspects repérés
Dès cette alerte, des surveillances ont été mises en place aux abords des sites qui pourraient être potentiellement visés, notamment la Bank of America du 8ᵉ arrondissement.
Quelques jours plus tard, dans la nuit du vendredi 27 au 28 mars, à 3h20 du matin, les effectifs de police de la brigade anticriminalité de Paris en surveillance aux abords de cette banque ont repéré deux individus vêtus d’habits sombres et dont l’un portait un sac. Peu après, ce dernier a sorti un bidon auquel était accroché ce qui pouvait ressembler à un pétard. Sans attendre, les fonctionnaires l’ont interpellé tandis que son complice présumé prenait la fuite. Dès samedi, ce mineur âgé de 17 ans originaire du Sénégal et domicilié à Montreuil, était placé en garde à vue.
Deux autres mineurs âgés de 16 ans ont été interpellés le dimanche 29 mars tandis que deux majeurs ont été arrêtés lundi 30 mars. La garde à vue de l’un des deux majeurs a finalement été levée le mardi 31 mars 2026 « en l’absence d’indices graves ou concordants à son encontre d’avoir participé à la commission des infractions, à ce stade des investigations », informe le Pnat.
Des adolescents recrutés moyennant finances
Comment le groupe de malfaiteurs s’est-il constitué ? Après avoir exploité les images extraites des caméras de vidéosurveillance situées aux abords de la banque visée, les supports numériques des suspects, épluché les bornages de leurs téléphones et après avoir interrogé longuement les suspects, les enquêteurs ont pu établir que les trois mineurs avaient été recrutés par le majeur en cause dans la nuit du jeudi 26 au vendredi 27 mars 2026, « pour déposer un engin incendiaire à l’adresse indiquée, procéder à son allumage et filmer la scène moyennant une somme comprise entre 500 euros et 1.000 euros », fait savoir le Pnat.
Après une première tentative de dépôt au cours de cette même nuit par les trois mineurs, empêchée par la présence d’un véhicule sérigraphié devant l’établissement Bank of America, deux des trois mineurs ont réitéré la nuit suivante, 28 mars 2026.
« Si tous ont contesté à ce stade une intention terroriste, les mineurs ont reconnu avoir compris que le lieu ciblé n’était pas un immeuble d’habitation », précise le parquet.
« Vengeance personnelle » et « livraison de l’engin explosif »
Concernant le majeur interpellé lundi 30 mars, ce dernier a déclaré aux enquêteurs « qu’un tiers se présentant lui-même comme un intermédiaire l’avait sollicité via la messagerie d’un réseau social pour faire déposer l’engin explosif dans le cadre d’une vengeance personnelle ». Il a également assuré que « l’engin explosif lui aurait été remis à son domicile par une personne qu’il ne connaissait pas ».
Un dispositif explosif très dangereux
Quid du dispositif découvert sur la voie publique au 51, rue de la Boétie ? Ce bidon rempli aux deux tiers d’essence, scotché avec un très gros artifice retrouvé devant la Bank of America le 28 mars a été saisi et analysé par les enquêteurs du laboratoire central de la préfecture de police de Paris. « Le dispositif explosif apparaissait comme composé d’un cylindre en carton d’une contenance de 650 grammes de matière active et d’une mèche. Le laboratoire a précisé que c’était le premier artifice de cette puissance retrouvé à sa connaissance en France à ce jour. Il a été relevé que ces effets étaient plus proches d’un engin explosif que de ceux de pétard grand public », souligne le parquet.
Le laboratoire a conclu que « l’’engin constitué d’un artifice de très forte puissance et d’un bidon contenant de l’essence pour automobiles aurait pu générer au moment de l’explosion une forte boule de feu de plusieurs mètres de diamètre et propager un incendie ».
La coopération judiciaire européenne activée
Selon le Pnat, « compte tenu de l’implication du groupe ‘Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiyya’ dans une campagne d’actions violentes, incendiaires ou explosives courant mars en Europe, notamment à Liège et Amsterdam, la coopération judiciaire européenne a été activée. »
Au regard de la vidéo ciblant Bank of America et du mode opératoire constaté dans des opérations similaires dans plusieurs pays européens, « cet attentat déjoué grâce à la surveillance policière mise en œuvre paraît pouvoir être rattaché au groupe HAYI, sans que cet élément ait pu être formellement établi, à ce stade de la procédure », ajoute-t-il.
Une information judiciaire ouverte
À l’issue des gardes à vue ce mercredi, une information a été ouverte des chefs d' »association de malfaiteurs terroriste criminelle », « fabrication, détention et transport d’un engin explosif ou incendiaire en bande organisée et en relation avec une entreprise terroriste », et « tentatives de destructions par moyen dangereux en bande organisée et en relation avec une entreprise terroriste ».
La mise en examen des chefs précités des trois mineurs, dont les casiers judiciaires ne portent aucune mention, et du majeur, dont le casier judiciaire porte trace d’une condamnation en septembre 2025 pour trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs, ainsi que leur placement en détention provisoire ont été requis.
« Les investigations qui se dérouleront désormais dans un autre cadre procédural auront pour finalité d’identifier les autres protagonistes de ces faits, notamment les commanditaires », conclut le Pnat.
Aurélie SARROT