“Il était une fois un grand méchant loup dans une grande ville…” Cette histoire, rapporte le tabloïd conservateur allemand Bild, n’est “malheureusement pas un conte, mais la dangereuse réalité”. Mardi 31 mars, un loup a mordu une sexagénaire au visage dans une galerie marchande menant à un magasin Ikea de Hambourg. Désorienté, l’animal a tenté de sortir du bâtiment en se cognant contre les portes vitrées. La femme qu’il a attaquée a essayé de l’aider, ce qui a suscité une réaction agressive de la part du canidé. La blessée a été soignée, avant de rentrer à son domicile.

L’incident a été couvert par les journaux locaux, mais aussi par les grandes publications nationales. Et pour cause : il s’agit d’une attaque inédite depuis la réintroduction de l’espèce en Allemagne, en 1998. “L’agression de cette femme est le premier incident de ce type que l’on peut documenter et vérifier de manière indiscutable, commente le biologiste Andreas Kinser, sur le site de la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Cela faisait un siècle que l’on n’en avait pas eu de tels en Europe centrale.” Jusqu’à maintenant, les seules attaques recensées dans cette partie du monde étaient liées à la rage, une maladie désormais considérée comme éradiquée outre-Rhin.

D’après le journal de gauche Die Zeit, l’animal a été arrêté après “sa fuite spectaculaire, qui l’a mené à quitter l’ouest de Hambourg pour s’enfoncer encore plus profondément dans la métropole abritant des millions d’habitants”. Mais la ville hanséatique était atteinte de la “fièvre du loup” depuis plusieurs jours déjà. Avant même l’attaque, des articles de presse avaient relaté la présence de l’animal dans des quartiers périphériques, ce qui avait suscité les “débats habituels” entre les défenseurs du grand canidé et ceux qui ne le voient que comme “un carnassier qui décime les troupeaux”.

Deux camps antagonistes

“Jusqu’à maintenant, en Allemagne, les activités des loups avaient principalement des répercussions pour les éleveurs”, explique la Süddeutsche Zeitung. Dans le nord et l’est du pays, les attaques contre le bétail ne sont pas exceptionnelles, ce territoire abritant entre 1 800 et 3 300 loups en liberté.

“Mais il y a longtemps que notre rapport à cet animal est devenu un champ de bataille culturel où il n’est plus seulement question de chèvres et de moutons.”

Début mars, le Bundestag a voté un projet de loi autorisant sous certaines conditions la chasse aux loups, en faisant passer leur statut d’espèce “strictement protégée” à seulement “protégée”. “Mais l’opposition à ce changement législatif se fait encore entendre aujourd’hui”, précise le quotidien de gauche. Une pétition contre la nouvelle législation a recueilli plus de 150 000 signatures et “le nombre de soutiens à l’initiative a continué à augmenter, même après l’attaque du loup de Hambourg”.

“L’animal sera-t-il euthanasié, relâché en pleine nature ou gardé en captivité ?” Der Spiegel affirme que toutes les options sont actuellement sur la table. Les spécialistes estiment que les loups sont habituellement des animaux méfiants, qui préfèrent la fuite plutôt que la confrontation avec des humains. “En Allemagne, ceux qui se rapprochent des humains sont généralement très surveillés, précise l’hebdomadaire centriste. Certains sont pucés, et l’on essaie de les faire décamper, notamment avec du bruit. Il arrive aussi qu’ils soient abattus.”