La fusée SLS de la Nasa doit décoller dans la nuit de mercredi à jeudi avec quatre astronautes à bord. Cette mission de dix jours en orbite autour du satellite naturel de la Terre doit permettre aux Etats-Unis de relancer leur projet de base lunaire avant la fin du second mandat de Donald Trump.
Quatre humains autour de la Lune, une première depuis 1972 et le programme américain Apollo. La mission Artemis II doit décoller dans la nuit du mercredi 1er au jeudi 2 avril depuis la base de Cap Canaveral (Floride). Il s’agit d’une nouvelle étape importante dans le programme mené par les Etats-Unis pour installer de façon durable une base habitée à la surface du satellite naturel de la Terre.
Après d’importants retards, de nombreux problèmes techniques, et une refonte du projet, le plan impulsé par Donald Trump lors de sa première présidence vise un premier retour humain sur la Lune en 2028, c’est-à-dire avant la fin du second mandat du président des Etats-Unis, souligne la Nasa.
D’après la nouvelle feuille de route de l’agence spatiale américaine, une mission Artemis III, prévue en 2027, entend tester les combinaisons qui seront utilisées sur la Lune, pendant un voyage autour de la Terre. Début 2028, Artemis IV doit constituer la première mission habitée sur la Lune depuis 1972. La Nasa compte envoyer deux astronautes à sa surface, qui passeront une semaine près du pôle Sud avant de revenir sur Terre. La mission Artemis V, prévue à la fin de la même année, doit enfin marquer l’assemblage des premiers éléments de la future base lunaire.
A l’origine, le retour d’humains sur la Lune était prévu pour 2024. Sauf que le calendrier s’est progressivement décalé, passant à 2025, puis 2026, 2027 et désormais 2028. Et les objectifs spatiaux de Donald Trump ont été revus à la baisse. Alors qu’il ambitionnait, lors de son discours d’investiture de janvier 2025, de planter un drapeau américain sur Mars, le retour sur la Lune, nettement moins ambitieux, est désormais présenté comme une prouesse par la Nasa. « La Nasa est déterminée à réaliser une fois de plus un exploit quasi impossible », se vante-t-elle dans un communiqué.
Compte tenu des obstacles qui restent à franchir, le planning semble serré, mais pas intenable. « Rien n’est impossible », résume auprès de franceinfo Paul Wohrer, spécialiste des questions spatiales à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Se poser délicatement sur la Lune se révèle complexe, mais les Etats-Unis l’ont réussi par le passé et des pays comme l’Inde y sont parvenus récemment.
Si les difficultés se multiplient avec l’envoi d’un équipage humain, elles ne paraissent pas totalement insurmontables. Il reste toutefois du pain sur la planche. Des technologies auxquelles la Nasa compte faire appel pour Artemis « ne sont pas tout à fait matures », remarque Paul Wohrer. La fusée géante SLS de la Nasa reste « encore assez expérimentale, pour l’instant », souligne-t-il. En effet, elle ne compte qu’un vol à son actif, en 2022, pour la mission inhabitée Artemis I. Mais elle va « fonctionner », tout comme le module Orion, dans lequel voyagent les astronautes, juge auprès de franceinfo l’astrophysicien Sylvestre Maurice.
Le principal problème réside du côté de l’alunisseur, la fusée Starship, construite par SpaceX. Après avoir noué un partenariat exclusif avec la société du milliardaire Elon Musk dans les années 2020-2021, la Nasa doute fortement de ce choix en raison du développement contrarié de l’engin. La fusée Starship devant servir à se poser sur la Lune pourrait avoir « des années » de retard, a averti un panel d’experts indépendants en 2025.
Pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, la Nasa a sélectionné dès 2023 le programme Blue Origin d’un autre milliardaire, Jeff Bezos, comme deuxième fournisseur de module lunaire. Pour accélérer la cadence, le gouvernement américain a relancé à l’automne 2025 des appels d’offres pour ses missions vers la Lune.
« Le programme Artemis n’a jamais eu, jusqu’à présent, une cohérence technique très aboutie, remarque Paul Wohrer. On se retrouve aujourd’hui avec un administrateur de la Nasa, Jared Isaacman, qui cherche à en redonner, notamment dans la compétition qui est mise en place entre Blue Origin et SpaceX. » Mais rien ne dit que le rythme intense requis pour atteindre l’objectif Lune en 2028 puisse être atteint.
La volonté politique, très forte, pourrait servir de levier pour donner un coup d’accélérateur déterminant. Pendant son audition devant le Sénat, en décembre, le patron de la Nasa a insisté sur l’urgence de retourner sur la Lune avant les Chinois. « Nous sommes engagés dans une compétition acharnée avec un rival qui a la volonté et les moyens de remettre en cause l’exception américaine dans de nombreux domaines, y compris dans l’espace », a-t-il déclaré, selon des propos cités par le site spécialisé Space.com.
« Ce n’est pas le moment d’hésiter, mais d’agir, car si nous prenons du retard, si nous commettons une erreur, nous risquons de ne jamais rattraper notre retard, et les conséquences pourraient bouleverser l’équilibre des forces sur Terre », a-t-il ajouté. « Le niveau de compétition géopolitique a fortement augmenté » depuis le lancement du programme Artemis, observe Paul Wohrer.
« La Chine semble avancer, de son côté, dans son programme lunaire et la mission confiée à Jared Isaacman, c’est vraiment de ne pas perdre cette nouvelle course à la Lune. »
Paul Wohrer, spécialiste des questions spatiales
à franceinfo
En réalité, cette rivalité chinoise pour la conquête de l’espace est connue depuis longtemps, a rappelé mercredi matin sur franceinfo l’astronaute Jean-François Clervoy. « Les Chinois sont sur une feuille de route très bien définie et ils la respectent. Ils annoncent depuis plus de quinze ans qu’en 2030, ils seront sur la Lune. »
Si l’astrophysicien Sylvestre Maurice admet que « la volonté politique est un boost important », il émet de « sérieux doutes » sur le calendrier américain, pointant « des verrous technologiques très forts ». Les lever demande « du budget, de l’expertise, des compétences techniques : ce n’est pas un problème, pour les Etats-Unis », rétorque Paul Wohrer, alors que la Nasa prévoit un budget de 20 milliards de dollars pour le seul programme Artemis. Une somme à mettre en perspective avec les 7,68 milliards d’euros de l’agence spatiale européenne (ESA) pour l’année 2025.
L’expert concède toutefois que le montant de cette enveloppe ne peut pas tout régler. « Nous avons vu avec le programme Apollo que les gros budgets permettent de gagner du temps. On échange du temps contre de l’argent, résume-t-il. A quel point cela permet-il de faire accélérer le programme ? Cela reste à voir. »