Courtoises, pour ne pas dire familières… Les conversations téléphoniques entre le ministre des Affaires étrangères hongrois, Péter Szijjarto, et son homologue russe, Sergueï Lavrov, ne laissent aucun doute sur leur proximité. Plus que le ton, c’est la connivence que semblent entretenir les deux hommes qui pose question dans ces discussions, révélées par un consortium de médias est-européens, dont la rédaction russe de The Insider , exilée en Lettonie. Leur enquête, publiée le 31 mars, fait état d’appels répétés entre 2023 et 2025.

Jusque-là, rien d’illégal. Sauf qu’à plusieurs reprises s’y échangent des informations sensibles sur les relations qu’entretient Budapest avec Bruxelles. Des relations houleuses : à l’époque, le Premier ministre Viktor Orban s’est régulièrement désolidarisé de ses partenaires européens, s’opposant aux sanctions prises contre la Russie depuis l’invasion en Ukraine.

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Le ministre crie à l’ingérence

Plus douteux encore : en août 2024, quelques jours après l’avoir rencontré à Saint-Pétersbourg, Sergueï Lavrov demande à Péter Szijjarto d’intercéder pour le retrait de Gulbahor Ismailova, la sœur du richissime oligarque Alisher Ousmanov, de la liste des personnes placées sous sanction par l’Union européenne. Le Hongrois promet, avec les Slovaques, de faire tout [son] possible pour obtenir sa radiation.

Sept mois après cet échange, l’UE retire de sa liste la sœur d’Ousmanov – un proche de Vladimir Poutine.

Avec moins de succès, à un autre interlocuteur, le vice-ministre russe à l’Energie Pavel Sorokin, le Hongrois dit faire de [son] mieux pour faire rejeter un paquet de sanctions visant la flotte fantôme de pétroliers russes…

La Commission européenne réclame des explications. Péter Szijjarto se défausse, qualifiant de scandale majeur et d’ingérence électorale grave le fait qu’il ait été placé sur écoute téléphonique par des services secrets étrangers. Son mentor, le Premier ministre Viktor Orban, au pouvoir depuis seize ans, se serait bien passé de cette affaire à quelques jours des élections législatives du 12 avril. Dans les sondages, son parti nationaliste est éclipsé par le centre-droit Tisza de Péter Magyar.