Par

Antoine Blanchet

Publié le

1 avr. 2026 à 20h32
; mis à jour le 1 avr. 2026 à 21h23

« On peut constater le grand amateurisme de ces trois personnes. Ça les rend encore plus dangereux », ne peut que constater le procureur en évoquant les trois jeunes hommes dans le box. Tous trois regardent le sol de la salle d’audience du tribunal de Paris. Ce mercredi 1er avril 2026, ils comparaissent pour un projet qui semble bien trop grand pour leurs visages juvéniles. En janvier dernier, ils ont été interpellés alors qu’ils montaient à l’assaut d’un immeuble cossu du 16e arrondissement. Le but suspecté par les autorités : la séquestration et le rançonnage d’une figure de la cryptomonnaie. « C’est une entrée franche et assumée dans ce qu’on appelle la grande délinquance », poursuit le magistrat qui représente la société.

« Attaché, crypto, toussa toussa »

C’est en début d’année que tout commence pour ces trois copains qui ont grandi ensembles dans une cité de Garges-lès-Gonnesse. Dépassant à peine la vingtaine, leur quotidien est celui de la galère. Les emplois ne se décrochent pas et les formations ne se finissent pas. Leur casier judiciaire est plus rempli que leur curriculum vitae. Ils ont déjà été condamnés pour usage de stupéfiants.

C’est par Snapchat que l’un des trois jeunes hommes contacte les deux autres. Sous le pseudo de « ratmoss », il propose un plan qu’on lui aurait fourni. Il faut aller chez un homme, le frapper et le voler. « Attaché crypto toussa toussa. Ça part en starfoullah. Il y a du cash dans la maison ». « Tu charges, tu go serflex », poursuit Ratmoss. La victime est un entrepreneur bien connu dans le milieu des cryptomonnaies. Une perspective alléchante pour la petite bande, car si le cours du bitcoin augmente, la violence à l’égard des magnats de l’or virtuel explose. En quelques années, les affaires d’enlèvements et de rançonnage s’enchaînent.

Pris dans la cour de l’immeuble

Le 19 janvier, une Peugeot 208 volée roule sur le boulevard Flandrin dans le 16e arrondissement. À l’intérieur, Ratmoss et ses trois amis (le quatrième, mineur, fait l’objet d’une procédure distincte, ndlr). C’est l’un d’eux, « Godfather », qui malgré son absence de permis de conduire, est au volant de la voiture dérobée dans un box quelque temps avant. À l’intérieur : des cagoules, des gants, du scotch et des couteaux de marque Opinel.

Arrivés en bas de l’immeuble cossu, « Ratmoss » et « Godfather » descendent. À coups d’épaule, ils forcent la première porte. Le bruit réveille la concierge, qui appelle la police. En huit minutes, forces de l’ordre sons sur place. Ils cueillent d’abord les deux restés dans la voiture. Puis les deux autres dans la cour de l’immeuble. Dans un vase, ils trouvent un nouveau couteau.

Une obscure course à 200 euros

Ce mercredi, comme durant l’enquête, les trois hommes poursuivis pour association de malfaiteurs maintiennent ne pas avoir eu d’intention à l’égard du richissime résident. « On m’a demandé d’aller chercher un objet dans cet immeuble », affirme « Ratmoss »  d’une voix à peine audible retranchée dans sa barbiche. Il réfute par ailleurs être derrière le compte Snapchat, malgré l’enquête qui a relié son téléphone à cet alias.

Pendant de longues minutes, la présidente creuse mais ne débouche sur rien. L’objet à récupérer ? « Un truc illégal », marmonne le prévenu. Pourquoi y aller avec trois autres personnes ? « On avait rien à faire dans la cité. Je leur ai demandé de m’accompagner ». Il aurait touché 200 euros pour cette mystérieuse course. « Il m’a demandé de l’accompagner et je suis venu », affirme son comparse « Godfather ».

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La voiture lui aurait été fournie par un mystérieux commanditaire qu’il ne veut pas nommer. Est-ce avec cet homme que les deux prévenus sont au téléphone au moment de leur arrestation ? Ils jurent que non. Dans le box, le troisième larron n’est pas plus loquace. Les trois maintiennent ne pas avoir vu tous les objets compromettants retrouvés sous les sièges dans le véhicule qui n’était pas le leur.

La victime a quitté la France

Si la victime n’est pas présente, son avocat est venu porter la voix de son désarroi après cette action manquée. « Dans l’appartement, il y avait aussi ses trois enfants en bas âge. Quand vous êtes personnellement visé par le fait de votre réussite professionnelle, ça rend la vie quotidienne très difficile », affirme le représentant de la partie civile. Depuis, la victime et sa famille ont déménagé aux États-Unis. « C’était déjà en projet mais ils l’ont accéléré après les faits. Il a fallu mettre un océan entre eux et les prévenus », révèle l’avocat, qui demande 1 000 euros de préjudice moral.

Pour le procureur, on ne peut reconnaître qu’une chose : la mauvaise foi des prévenus a été constante tout au long de la procédure. Contre « Ratmoss », il demande la peine la plus lourde : trois ans et six mois de prison ferme avec maintien en détention. Contre « Godfather », deux ans ferme. Quant au troisième, une année de prison est requise.

Finalement, « Ratmoss » a été condamné à deux ans de prison par le tribunal. « Godfather » à 18 mois de détention. Le troisième a été condamné à 10 mois. Ils disponsent de 10 jours pour faire appel de cette décision. 

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