Le 30 mars, deux hélicoptères britanniques Merlin HM2 ASaC, également appelés Merlin Crowsnest, ont été aperçus entre la Bretagne, Bordeaux et Toulouse, où ils semblent avoir effectué un arrêt pour ravitaillement. À l’heure où nous écrivons ces lignes, leur position exacte et leur destination est inconnue, mais il est probable qu’ils fassent partie des renforts britanniques à destination de Chypre.

Le 8 mars dernier, quelques jours après le déclenchement des opérations aériennes américano-israélienne sur l’Iran, la Royal Navy confirmait le déploiement de deux hélicoptères de combat AW159 Wilcat et d’un hélicoptère de détection aérienne avancée Merlin HM2 ASaC (Airborne Surveillance and Control) sur la base de la Royal Air Force d’Akrotiri, à Chypre. La base britannique, et donc Chypre, avait en effet été prise pour cible par des tirs iraniens dans la nuit du 1er et 2 mars, soulignant l’absence criante de moyens de défense britanniques dans ce pays membre de l’Union européenne.

Faute de pouvoir déployer rapidement une flotte sur place, le destroyer HMS Dragon, dépêché depuis Portsmouth, n’arrivant en Méditerranée orientale que la semaine dernière, Londres a donc convoyé les deux Wildcat par avion-cargo C-17, tandis que le Merlin HM2 ASaC effectuait le transit par ses propres moyens. Ensemble, les Wilcat et le Merlin HM2 ASaC offrent une capacité anti-drones intéressante.

 

Deux Merlin HM2 ASaC, aussi appelés Crowsnest, ont été aperçus en train de traverser l’Ouest de la France.

 

Le Merlin HM2 ASaC est en effet équipé du système de détection aérienne avancé Crowsnest, aisément identifiable à son énorme radar latéral. En 2016, une dizaine de kits Crowsnest ont été commandés auprès de Lockheed Martin UK afin d’équiper la flotte de Merlin de la Royal Navy. Plutôt qu’une solution de dernière génération, basée sur un radar AESA, le systèmes Crowsnest des Merlin reprend (dans une version modernisée) le radar Thales Searchmaster 2000 à balayage mécanique qui était auparavant installé sur les Sea King britanniques.

Bien que technologiquement assez rustique, le Crowsnest dispose d’une précision et d’une portée suffisante pour identifier les drones-kamikazes de type Shahed, et l’équipage embarqué à bord du Merlin agit comme un centre de contrôle avancé afin de guider des hélicoptères Wildcat ou des avions de combat F-35B (également déployés à Chypre) vers leurs cibles. 

 

Images du premier Crowsnest déjà déployé à Chypre depuis le début du mois de mars.

 

Dotés de mini-missiles Martlet, fabriqués par Thales, les AW159 Wildcat représentent un excellent vecteur de combat contre des menaces asymétriques, qu’il s’agisse de drones aériens, de véhicules légers ou de drones de surface. En raison de leur portée limitée, ils opèrent principalement en défense de zone au-dessus des principales installations militaires britanniques à Chypre. Les F-35B, eux, disposent d’une portée opérationnelle et d’une capacité de ravitaillement en vol qui leur permet de se positionner sur le trajet de la menace, notamment dans le ciel jordanien, où les F-35 britanniques ont réalisé leurs premières interceptions face à des Shahed iraniens.

Cependant, le dispositif britannique pèche par son manque de permanence, un unique Crowsnest ne permettant pas d’assurer une surveillance continue du ciel chypriote, et encore moins d’assurer de longues opérations au-dessus du territoire jordanien. De fait, le dispositif anti-aérien britannique dans la région opère de manière coordonnée avec d’autres éléments de détection avancée amis, notamment les E-3 AWACS de l’US Air Force, les EL/W-2085 israéliens, et probablement également les E-2C Hawkeye du porte-avions français Charles de Gaulle, également déployé en Méditerranée orientale pour assurer la protection du ciel chypriote.

 

Merlin ASaC, radar déployé. Deux appareils de ce type ont survolé Bordeaux et Toulouse en début de semaine.

 

Dès lors, il est assez probable que les deux Merlin HM2 ASaC repérés dans le ciel français soient en mission de convoyage vers Chypre, afin de relever ou de renforcer le détachement actuel de la Royal Navy. Avec deux ou trois Crowsnest disponibles sur place, les forces britanniques disposeront d’une bien meilleure permanence dans leurs opérations de surveillance, principalement au-dessus de Chypre. Le déploiement d’un groupe aéronaval de la Royal Navy dans la zone ne semblant pas d’actualité, en raison de la faible disponibilité de la flotte britannique, il se pourrait que la décision ait été prise de déployer sans attendre un plus gros contingent aérien à Chypre, qui agit dès lors comme un véritable porte-avions fixe dans la région.

Il conviendra donc, dans les prochains jours, de surveiller les activités aériennes à Akrotiri. Outre le déploiement de deux nouveaux Crowsnest, la Royal Navy pourrait bien y envoyer de nouveaux hélicoptères Wildcat, sans doute plus économiques à utiliser dans les missions anti-drones que les chasseurs F-35 et Eurofighter. La France, par ailleurs, a déjà procédé à des mouvements similaires, déployant dans le Golfe des hélicoptères de combat Tigre et des hélicoptères de manœuvre armés de mitrailleuses ou de canons légers afin d’offrir une capacité anti-drone plus flexible et économique que celle offerte par les Rafale et leurs coûteux missiles MICA.

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