Les Etats du Golfe sont connus pour être les meilleurs clients de l’industrie de défense américaine, et par souci de diversification, de l’industrie européenne, notamment de la France, grand pourvoyeur des Emirats arabes unis et du Qatar en avions de chasse Rafale. Mais malgré leurs achats, leurs armées sont davantage décrites pour leur manque d’expérience que pour leur professionnalisme. On comprend ainsi le choc qu’ont représenté les attaques de l’Iran.
Principale cible du régime des mollahs, les Emirats arabes unis (EAU) ont reçu en un mois sur leur territoire 1.914 drones et 429 missiles ! L’Arabie saoudite a également été frappée du 28 février au 29 mars par 766 drones et 66 missiles. Le Koweït, qui abrite le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom), n’est pas épargné malgré des tentatives de neutralité politique, avec 616 drones et 307 missiles. Bahreïn a été visé par 391 drones et 174 missiles, le Qatar par 93 drones mais 206 missiles. Même Oman, le pays neutre de la région, a essuyé des dégâts sous les attaques d’une vingtaine de drones.
Manque d’expérience
Globalement, 83 % des attaques menées par l’Iran ont été destinées aux pays du Golfe, qui abritent tous des bases américaines. Par contraste, Israël n’a reçu que 17 % des Shahed et des divers missiles iraniens. Désormais, les missiles se font rares, mais la menace est loin d’avoir disparu.
« Du jour au lendemain, ces pays sont passés du statut d’Eden à la guerre à haute intensité, et même s’ils ont été aidés par les forces occidentales, dont la France, ils ont résisté avec un certain brio aux attaques. Très peu de cibles ont été atteintes », constate un militaire français.
Heureusement pour eux, les Etats du Golfe avaient fait le plein d’équipements militaires. Depuis l’instabilité déclenchée par la guerre du Hamas à Gaza, tous ont augmenté leurs dépenses de défense, traditionnellement élevées. Selon le « Military Balance 2026 » publié par l’International Institute for Strategic Studies (IISS), les pays du Golfe et d’Afrique du Nord consacraient en 2025 en moyenne 4,3 % de leur PIB à la défense, contre 3,5 % en 2022.
5,7 %
L’Arabie saoudite affiche l’un des budgets de défense proportionnellement les plus élevés du monde, avec 5,7 % de son PIB contre 6,5 % pour Israël.
Face à l’Iran doté d’une armée de plus de 600.000 soldats, l’Arabie saoudite est la seule grande armée de la région persique avec 257.000 hommes et un budget militaire de 72,5 milliards de dollars environ. La monarchie affiche l’un des budgets de défense proportionnellement les plus élevés du monde, puisqu’il pèse 5,7 % de son PIB contre 6,5 % pour Israël. Viennent ensuite les EAU, qui comptent 63.000 soldats et alignent un budget de 21,7 milliards de dollars, tandis que le Qatar dépense une grosse dizaine de milliards de dollars.
Tous ces Etats se sont progressivement équipés d’importantes flottes d’avions de chasse, et surtout, de défenses aériennes américaines de type Patriot en grand nombre. L’Arabie saoudite, qui avait subi en septembre 2019 sa première attaque de drones contre ses installations pétrolières par des rebelles houthistes, lesquels avaient ainsi en une nuit mis hors jeu quasiment la moitié de la capacité de production de pétrole d’Aramco, a particulièrement investi. Elle est devenue le meilleur client mondial du système Patriot.
En quelques jours, les Etats du Golfe ont tiré davantage de missiles sol-air PAC que l’Ukraine en quatre ans ! C’est pourquoi, face à des stocks quasi vides, les Etats du Golfe ont fait appel au savoir-faire de l’Ukraine, pour abattre les drones Shahed, et ils ont signé avec Kiev des accords de défense sur dix ans.
Avant même que les Etats-Unis et Israël ne déclenchent leur attaque sur l’Iran, l’Arabie saoudite et divers Etats avaient aussi resserré leurs liens de défense avec les Etats-Unis. En juillet dernier, Riyad a reçu sa première batterie de défense antimissile balistique de longue portée THAAD et en novembre dernier, lors de sa visite à Washington, le prince Mohammed Ben Salmane avait obtenu le feu vert attendu pour la vente d’avions de combat F-35. Toutefois en dépit d’une enveloppe gigantesque de 129 milliards de dollars d’achats d’armes en FMS (« foreign military sales ») avec le Pentagone, le pays cherche à diversifier ses fournisseurs, notamment auprès des pays européens ou de la Turquie.
Une marine encore faible
Pour sécuriser le détroit d’Ormuz et la mer Rouge, l’Arabie saoudite a une marine relativement modeste dans l’attente de nouvelles frégates commandées au groupe espagnol Navantia. Le pays s’appuie essentiellement sur les navires historiques fournis par la France, les contrats Sawari 1 et 2, qui sont anciens et qui malgré des travaux de rénovation, n’offrent plus le nec plus ultra d’une marine moderne. La société normande CMN a également livré une cinquantaine de navires intercepteurs rapides à l’Arabie saoudite aptes à surveiller les côtes, mais pas à se défendre contre des drones ou des missiles.
Globalement, les Etats du Golfe n’ont pas le pied marin, même s’ils sont équipés de bateaux de guerre. Ils ont encore besoin d’assistance. Néanmoins, ils ont été parmi les premiers à répondre présents à la première réunion des chefs d’états-majors initiée en grande partie par la France le 27 mars pour étudier les moyens de sécuriser le détroit d’Ormuz entre pays volontaires. « Des travaux de planification ont démarré », murmure-t-on à l’état-major des armées.