Accusé par plusieurs patientes d’avoir exercé sur elles des violences sexuelles, le psychiatre de 51 ans interpellé en début de semaine à Reims a été mis en examen ce mercredi 1er avril pour un « viol », des « agressions sexuelles » et des faits de « harcèlement sexuel », au terme d’un long débat dans le cabinet du juge d’instruction, au cours duquel il a répondu à toutes les questions.
Le praticien conteste intégralement les faits qui lui sont reprochés, réfutant leur réalité ou évoquant une mauvaise interprétation de ses gestes et propos par les plaignantes. Ce n’est pas l’avis du parquet qui aura prochainement l’occasion de requérir son placement en détention provisoire.
Le débat sur la détention était en effet prévu ce mercredi soir mais l’avocat a demandé un délai pour pouvoir le préparer, qui lui a été accordé de droit. Il aura lieu le mardi 7 avril. En attendant, à titre de mesure de sûreté, le médecin a été conduit à la maison d’arrêt.
« Baiser dans le cou » et « caresses sur les fesses »
Ce sont nos confrères de France 3 Champagne-Ardenne, le mardi 31 mars, qui ont révélé la garde à vue en cours du psychiatre, interpellé dans le cadre d’une enquête ouverte après un signalement transmis le 12 mai 2025 par l’ordre des médecins de la Marne « au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale », précise le procureur de Reims François Schneider dans un communiqué publié ce mercredi soir.
Le signalement évoquait des « faits de nature sexuelle sur au moins cinq patientes, dont un pouvant être qualifié de viol ». « Le 28 août 2025, une autre plainte était déposée auprès des gendarmes de Witry-lès-Reims pour des faits d’agression sexuelle de la part de ce même praticien, évoquant un baiser forcé dans le cou, ce qui était confirmé par une amie de la plaignante, qui indiquait que celle-ci lui avait confié être régulièrement victime de tels faits, ainsi que caresses sur les fesses et le dos sans consentement. »
Toute la patientèle du psychiatre a été auditionnée, soit 665 personnes
« Compte tenu de la nature des faits dénoncés et d’une possible récurrence de ceux-ci », poursuit le procureur, « l’ensemble de la patientèle féminine du médecin était contacté, 665 personnes en l’occurrence, dont un grand nombre répondait aux enquêteurs, et une majorité des témoignages évoquaient des faits de nature sexuelle de tout ordre. »
« Certaines parlaient d’avances qui leur avaient été faites, de caresses dans le dos et sur les cuisses non consenties. D’autres évoquaient un discours sexualisé avec des compliments sur leur physique parfaitement déplacés, leur posant de nombreuses questions sur leur sexualité. »
Viol sous soumission chimique ?
Parmi les faits imputés au psychiatre, le procureur évoque une patiente qui s’est vu proposer «des services de chirurgie esthétique dans la clinique qu’il posséderait au Maroc» (son pays d’origine). D’autres patientes «se voyaient prescrire des médicaments à type d’anxiolytiques, hypnotiques ou antidépresseurs, à forte dose et sans justification médicale, ceux-ci ayant de graves effets sur leur quotidien, ce qui les poussait d’ailleurs à arrêter d’elles-mêmes. »
« Encore plus grave », ajoute le procureur : « Une patiente expliquait avoir fréquenté le cabinet de ce praticien, subissant l’attitude ambiguë dans ses propos et ses gestes de celui-ci. Lors d’une consultation tardive, elle expliquait que le médecin lui aurait fait prendre un anxiolytique, qui l’avait fait se sentir mal, puis perdre conscience, et lorsqu’elle se réveillait, elle était victime d’un viol par ce même médecin. »
Au terme de l’enquête préliminaire confiée au service local de police judiciaire de Reims, qualifiée de « minutieuse » par le procureur, « le mis en cause était interpellé le 30 mars 2026 et placé en garde à vue, son cabinet faisant l’objet d’une perquisition. »
Installé rue Simon au quartier Saint-Remi, exerçant à l’Établissement public de santé mentale de Reims, le psychiatre disposait précédemment d’un cabinet dans l’Aisne à Saint-Quentin, où « des vérifications devront être effectuées ».
« Par ailleurs, deux nouvelles plaintes de patientes ont été déposées contre lui durant sa garde à vue, qui sont en cours de traitement. »
L’affaire est loin d’être terminée.
Mis en examen pour 16 faits
Longue est la liste des faits pour lesquels le psychiatre a été mis en examen : un « viol par personne ayant autorité (peine encourue 20 ans de réclusion criminelle), cinq faits d’agressions sexuelles et dix faits de harcèlement sexuel par personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction (peine respectivement encourue de sept ans et trois ans d’emprisonnement)».