Plusieurs institutions majeures de l’Union européenne, dont la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne, ont formellement interdit à leurs équipes l’utilisation d’images et de vidéos générées par intelligence artificielle dans les documents officiels et les communications externes.
Révélée par Politico, cette décision s’inscrit dans un contexte de vigilance accrue face à la prolifération des deepfakes et contenus trompeurs en ligne. L’objectif serait de préserver la crédibilité et l’intégrité des messages publics.
Pour les institutions européennes, la priorité est claire : garantir que toute communication repose sur des contenus authentiques, à l’heure où la frontière entre réel et artificiel devient de plus en plus floue.
Entre prudence et critiques sur un excès de rigidité
Cette position restrictive ne fait toutefois pas l’unanimité. Si certains experts estiment qu’une approche prudente est justifiée face aux risques de manipulation, d’autres jugent cette interdiction trop radicale.
Plusieurs spécialistes plaident pour un usage encadré plutôt qu’un rejet total. Selon eux, bannir l’IA pourrait priver les institutions d’outils efficaces pour améliorer leur communication et leur réactivité, notamment dans un environnement numérique en constante accélération.
Le débat s’intensifie d’autant plus que les contenus générés par IA explosent. En 2025, leur volume aurait déjà dépassé celui des contenus humains, avec près de 8 millions de deepfakes attendus sur l’année.
Trump, figure d’une stratégie opposée
À l’opposé de la doctrine européenne, Donald Trump assume pleinement l’usage de contenus générés par IA dans sa communication politique.
Sur Truth Social, la plateforme qu’il a fondée, il diffuse régulièrement des images spectaculaires et mises en scène : aux commandes d’un avion de chasse, couronné ou encore dominant ses adversaires politiques dans des scènes fictives.
Dès octobre 2024, plusieurs dizaines de contenus générés par IA avaient déjà été recensés sur ses comptes, une pratique qu’il a poursuivie depuis. Cette stratégie illustre une vision offensive de l’IA, utilisée comme outil d’influence et de narration politique.
Entre désinformation et opportunité technologique
L’essor de ces technologies ne se limite pas aux États-Unis. En Europe, des pays comme les Pays-Bas ou l’Irlande ont déjà été confrontés à l’impact des deepfakes sur les campagnes électorales.
Certaines affaires ont également marqué les esprits, comme celle d’un personnage fictif généré par IA, présenté comme une soldate américaine engagée politiquement, qui s’est révélé entièrement fabriqué.
Dans ce contexte, la position européenne vise à éviter toute ambiguïté. Mais pour ses détracteurs, elle pourrait aussi freiner l’innovation et limiter la capacité des institutions à s’adapter aux nouveaux codes de communication.
Une bataille d’influence à l’ère de l’IA
En toile de fond, c’est une véritable divergence de doctrine qui se dessine entre les deux rives de l’Atlantique. D’un côté, une Europe attachée à la fiabilité et à la transparence. De l’autre, une approche plus pragmatique — voire opportuniste — incarnée par Donald Trump.
Reste à savoir si l’interdiction stricte adoptée par Bruxelles permettra de renforcer durablement la confiance du public, ou si elle risque, à terme, de marginaliser l’Union européenne dans une guerre de l’information de plus en plus façonnée par l’intelligence artificielle.