Dans sa série “Angekommen” (“Arrivés”), le quotidien allemand Die Zeit recueille les récits d’étrangers venus travailler en Allemagne, pays qui cherche activement des travailleurs qualifiés en dehors de ses frontières. Parmi eux figure Alpana Gandhi, 58 ans, installée à Ulm depuis dix ans après avoir quitté Bombay pour un poste dans l’industrie pharmaceutique allemande.

À l’origine, raconte cette ancienne cadre de l’informatique pharmaceutique, l’expatriation tient à une conjonction personnelle et professionnelle. “Beaucoup d’Indiens rêvent de venir en Allemagne. Pour moi, c’était différent : l’occasion s’est présentée presque spontanément. J’avais 48 ans, je vivais un divorce compliqué et je voulais sortir ma fille et moi de cette situation.” Recrutée pour améliorer la communication entre une équipe indienne et un groupe pharmaceutique allemand, elle arrive avec un contrat d’un an qui sera finalement prolongé.

L’installation s’avère coûteuse et déstabilisante. Si l’employeur paie les billets d’avion, le reste pèse lourd : “Pour l’école internationale de ma fille, je devais payer 1 200 euros par mois, et l’entreprise n’en couvrait qu’une partie. J’avais aussi besoin d’une caution pour l’école et pour l’appartement, et ma famille a dû me prêter de l’argent.” Les premiers mois sont marqués par l’isolement linguistique et la bureaucratie. “Comme je ne parlais pas la langue, au début, je me sentais comme une sourde-muette. Je restais perdue dans le supermarché et je ne trouvais même pas le sucre.”

Peu à peu, l’expatriée apprivoise la vie allemande. Elle apprécie particulièrement l’organisation du travail :

“L’équilibre entre travail et vie privée ici est formidable. Je fais des heures supplémentaires, mais je peux les récupérer. En Inde, je travaillais de dix à onze heures par jour ; les heures en plus sont comme les normales et personne ne les paie.”

Elle apprécie aussi la franchise locale : “Les Allemands sont très directs, j’aime cela.”

L’expérience comporte néanmoins des frustrations, entre transports incertains et lourdeurs administratives. Alpana Gandhi met en garde les candidats à l’expatriation : “Près de 70 000 euros brut annuels semblent beaucoup quand on regarde depuis l’étranger, mais si la moitié part en impôts, en cotisations sociales et de retraite, et qu’il faut payer un logement à Munich, l’argent disparaît vite.”

Après dix ans passés en Allemagne, elle envisage désormais le retour dans son pays natal. “Je me sens encore très liée à l’Inde. Je voudrais rentrer dans deux ans.” Comme beaucoup d’expatriés qualifiés, elle voit l’expérience allemande comme une étape décisive, mais pas forcément définitive.