Huit procédures pour « terrorisme d’État » sont « actuellement en cours », a indiqué vendredi 3 avril sur franceinfo le chef parquet national antiterroriste (PNAT), Olivier Christen. Ces enquêtes visent « notamment » l’Iran, mais aussi « principalement » la Russie et l’Algérie, a-t-il précisé, alors qu’il était interrogé sur la tentative d’attentat déjouée contre le siège parisien de Bank of America, dans laquelle quatre personnes ont été mises en examen cette semaine.

A LIRE [Info VA] Attentat déjoué contre Bank of America à Paris : le parquet national antiterroriste se saisit de l’enquête

Dans le détail, Olivier Christen a indiqué que trois procédures étaient liées au « terrorisme d’État iranien ». Les cinq autres dossiers sont « principalement en lien avec la Russie et avec l’Algérie », selon lui. Le procureur décrit un même schéma dans ces affaires, avec des États étrangers soupçonnés de viser prioritairement des opposants sur le territoire français plutôt que la population en général.

Exception faite, selon lui, de l’Iran. « La seule qui s’inscrit davantage contre la population française, c’est l’Iran », a déclaré Olivier Christen, en expliquant que Téhéran ciblerait « une part de la communauté française » qui symboliserait « ce que sont leurs ennemis », citant « notamment la communauté israélite ».

Trois enquêtes sur l’Iran, dont une ouverte en 2024

Le procureur national antiterroriste a précisé que deux des trois procédures visant l’Iran avaient été ouvertes en 2024. L’une d’elles, a-t-il détaillé, repose sur des faits « assez proches » de l’actualité récente. Dans ce dossier, « des membres de la criminalité organisée, marseillaise en l’occurrence », sont suspectés d’avoir commis des incendies visant « des intérêts israéliens dans le sud de la France » et d’avoir, en parallèle, envisagé des attaques ciblées contre « des membres de la communauté israélite » en France et en Allemagne. Olivier Christen affirme que les investigations ont permis de remonter « un certain nombre d’étapes » conduisant « vers le territoire iranien ».

Cette prise de parole intervient dans un contexte de crispation sécuritaire depuis le début de la campagne de frappes aériennes américaines et israéliennes contre l’Iran, le 28 février, qui a ravivé, selon le procureur, « le spectre » d’actions clandestines. Téhéran est accusé, selon lui, par « de nombreux services de renseignement européens » de disposer d’un réseau mêlant agents et criminels afin de conduire des opérations en Europe et aux États-Unis. Il a évoqué plusieurs faits récents, notamment l’affaire Bank of America à Paris, ainsi que des incidents visant une ambassade en Norvège et une synagogue en Belgique, tout en précisant qu’aucune responsabilité iranienne n’était, à ce stade, « établie » dans ces dossiers.

Attentat déjoué contre Bank of America, mineurs recrutés en ligne

Sur l’affaire Bank of America, Olivier Christen a rappelé que les mineurs représentent « à peu près 20 % » des personnes mises en examen pour terrorisme chaque année. Dans ce dossier, des mineurs auraient été recrutés « via les réseaux sociaux » pour « quelques centaines d’euros déposés ». Le procureur insiste sur la dangerosité de l’engin saisi, décrivant un explosif « à peu près de la taille d’un avant-bras » et d’une « dimension » ainsi que d’une « puissance » qui, selon lui, « n’avaient jamais été trouvées en France ».

Mercredi, trois adolescents soupçonnés d’être impliqués dans ce projet visant le siège parisien de Bank of America ont été mis en examen. Quelques heures auparavant, le jeune majeur soupçonné de les avoir recrutés a également été mis en examen et placé en détention provisoire. L’enquête doit désormais déterminer, selon Olivier Christen, si les mineurs avaient conscience de s’inscrire dans une logique plus large, notamment en lien avec « le conflit moyen-oriental ».

A LIRE Accords de défense, lutte antiterroriste… Quels sont les « intérêts nationaux » au Proche-Orient évoqués par Emmanuel Macron ?