Un cadavre dans le placard de la mairie ? Un courrier de l’Unesco que nous avons consulté révèle que l’ensemble OcéaNice qui abrite le palais des congrès, construit par l’ex-maire de Nice pour le sommet de l’Océan de l’ONU, est de nature à dégrader le patrimoine mondial de la ville.
Dans ce document, daté du 5 juin 2025, gardé sous clés par l’ancienne municipalité, l’Icomos, le bras technique de l’Unesco, est formel : la construction des trois bâtiments du pavillon de la Mer porte une « atteinte réelle à la valeur universelle exceptionnelle du bien ».
Tolérance juste pour le sommet de l’Océan
Si l’institution internationale a laissé faire, c’était uniquement par dérogation pour l’événement sur l’océan qui a rassemblé des chefs d’État du monde entier du 9 au 13 juin 2025.
Mais une fois la conférence finie, pas question de maintenir ce palais des congrès « provisoire » trois ans comme prévu, a minima, par l’ex-majorité.
Encore moins jusqu’en 2030 comme le souhaitait Christian Estrosi, afin d’y accueillir la presse du monde lors des Jeux olympiques.
L’Icomos prévenait que le dossier allait être examiné à la loupe lors de la session de 2026 du Comité du patrimoine mondial.
Avec une menace évidente, mais pas clairement exprimée : Nice risquait de perdre son label si OcéaNice ne disparaissait pas du paysage.
Depuis 2021, un périmètre incluant le port figure sur la prestigieuse liste du Patrimoine mondial de l’Unesco au titre de « Ville de villégiature d’hiver de Riviera ».
Un rappel au nouveau maire
Pourtant, neuf mois après, OcéaNice est toujours sur ses pieds… Éric Ciotti va-t-il lancer immédiatement les pelleteuses ?
Dans un courrier daté du 27 mars, le directeur de la mission « Nice patrimoine mondial » s’est empressé de rappeler au nouvel élu que l’Unesco devait envoyer une mission de conseil sur place pour « préciser le calendrier du démantèlement du bâtiment » et « formuler des recommandations pour le réaménagement post-démantèlement de cet espace situé à l’intérieur du périmètre inscrit. »
Avec l’arrivée du député UDR-RN à la mairie, l’Unesco aura moins le sentiment de prêcher dans le désert.
Mi-janvier, sur ses réseaux sociaux, le nouveau maire – qui n’était alors que candidat – grognait après OcéaNice, « hangar Lidl ou Amazon, qui est une horreur et qui gâche la perspective sur la jetée du ». Il annonçait : « Ce lieu sera complètement revu ».
Installé à l’hôtel de ville, Éric Ciotti a précisé ses intentions, dans une interview accordée à Nice-Matin le 27 mars : « C’est une grosse erreur d’avoir construit un bâtiment provisoire pour 23 millions d’euros. Je vais lancer un nouveau projet. Je souhaite un lieu de congrès pérenne mais il faut conforter la digue du port. 30 à 40 millions d’euros sont nécessaires. On peut avoir une salle de prestige, comme celle des Étoiles à Monaco, qui accueillera, dans des conditions nettement supérieures, des congrès qu’on a perdus à Nice. »